3 QUESTIONS À LAURENT CAYLA Interview
« J’ai adoré ce métier ! » Après seulement cinq ans dans le diagnostic immobilier, Laurent Cayla a pris une décision radicale, celle d’arrêter son activité. Un choix qu’il présente moins comme un renoncement au métier que comme un refus d’un système devenu, selon lui, incompatible avec l’exercice d’un diagnostic de qualité.
Avant d’évoquer la fin, parlons plutôt du début. Comment avez-vous démarrer l’activité de diagnostiqueur ?
J’ai démarré en 2021. En réalité j’ai toujours travaillé dans le bâtiment et l’immobilier. Au départ, je faisais du traitement du bois, j’étais impliqué dans le domaine parasitaire et thermique. Je baignais là-dedans. J’ai aussi travaillé dans l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Le diagnostic me plaisait depuis longtemps mais je l’avais toujours repoussé. Dans les années 2000, il y avait déjà beaucoup de procès autour de l’amiante et ça ne donnait pas envie. Après le Covid, je faisais des états des lieux pour les agences immobilières. Le diagnostic immobilier était en pleine expansion avec le nouveau DPE. Je me suis dit que c’était le bon moment. J’ai passé mes certifications en mai 2021. Le diagnostic est venu comme une nouvelle corde à mon arc. Quand j’ai présenté cette double casquette états des lieux et diagnostic immobilier, ça a tout de suite fonctionné. Je n’ai pas connu une année entière de prospection comme beaucoup de mes confrères qui se lancent. J’avais déjà environ 80 % de ma clientèle. Il me manquait surtout la transaction. En revanche, si je n’avais gardé que le diagnostic immobilier en abandonnant les états des lieux, je n’aurais pas pu subsister.
Aujourd’hui, vous avez décidé d’arrêter le diagnostic immobilier, ce choix est fort…
Le problème n’a jamais été le métier. Ce qui est devenu difficile, c’est tout ce qu’il y a autour. Déjà, il y a le DPE. Les gens ne comprennent pas les diagnostics. Ils pensent qu’il suffit d’un DPE pour vendre ou louer et découvrent qu’il faut plusieurs diagnostics. Il faut toujours expliquer pourquoi ce n’est pas 50 euros mais plusieurs centaines d’euros. Ça fait partie du métier d’être pédagogue, c’est normal finalement. Là où ça devient compliqué, c’est quand on demande à des propriétaires de faire des travaux pour améliorer leur DPE, qu’ils investissent de l’argent, puis que quelques mois plus tard on change l’algorithme. On met un coup de tournevis dans le logiciel et on entend les clients dire « si j’avais attendu, je n’aurais rien dépensé ». Là où il y avait de la vertu pour pouvoir comparer un bien d’un autre, ce changement de coefficients a mis à mal ce côté vertueux. » J’ai aussi refusé de faire de l’audit énergétique. Je ne me sentais pas compétent. Pour moi, après une semaine de formation, on demandait à un diagnostiqueur de faire quasiment le même travail qu’un ingénieur thermicien alors qu’on n’a pas ces compétences-là, sauf ceux qui ont une formation d’ingénieur. Je trouvais ça incohérent. Puis il y a eu les contrôles. Quand je suis entré en formation, on nous avait expliqué qu’il fallait provisionner environ 200 à 300 euros par mois pour les certifications, les contrôles et les formations. Mais il y a eu tellement de nouveaux contrôles que les coûts ont explosé. J’ai un confrère qui a dépensé 7 000 euros en une seule année. Si on additionne les certifications, les assurances, le comptable et surtout le manque à gagner pendant les contrôles, on arrive entre 30 000 et 60 000 euros sur sept ans pour un diagnostiqueur solo. C’est trop et je le crains, le solo va disparaître. J’ai rejoint l’Onedi parce que je pensais qu’on allait trouver des solutions. J’espérais qu’on entendrait enfin la voix des indépendants. Mais rien n’a changé malgré les efforts et l’énergie déployés par l’Onedi ou l’ANDI aussi. Je m’étais fixé une échéance : le jour où mon organisme certificateur m’appellerait pour me relancer, j’arrêterais. Ce coup de téléphone est arrivé ce printemps. J’ai décidé de ne plus donner un seul centime à ce système parce que je le trouve injuste pour les diagnostiqueurs, et préjudiciable pour les clients.
Malgré cette décision, on sent que vous restez profondément attaché au diagnostic immobilier…
Oui, parce que ce que je quitte, ce n’est pas le métier. Sincèrement, j’adore le diagnostic. Ce métier m’allait très bien. J’avais le diagnostic pour la technique et l’entrepreneuriat pour le relationnel. Ce qui ne me convient plus, c’est le système. Aujourd’hui, on tape sur les diagnostiqueurs alors que ceux qui trichent restent une minorité. Je suis convaincu qu’il faut des contrôles, qu’il faut maintenir la formation continue, mais ce n’est pas au diagnostiqueur de financer la personne qui vient le contrôler. C’est comme si on payait un gendarme qui nous mettait une amende. Les contrôles ne devraient pas être répressifs, sauf pour les tricheurs, ils devraient être un bilan de compétence et un guide pour les améliorer. Mais ce n’est pas au diagnostiqueur de payer les contrôles et les obligations de formations. C’est chaque diagnostic réalisé qui doit apporter le financement de ces obligations. Le 1er juillet, quand j’ai été radié de l’annuaire par mon organisme certificateur, ça m’a fait quelque chose. Ça ne m’a pas soulagé. Je n’ai même pas réussi à décrocher de la lecture des posts sur les réseaux sociaux sur le diagnostic. Je m’auto flagelle. Je vais continuer les états des lieux, les constats immobiliers, les réceptions de logements neufs. Mais le diagnostic va me manquer. Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais aussi passionné par ce métier. Il y a énormément de choses à revoir, sur le DPE, sur les surfaces, sur certains diagnostics, mais je reste persuadé qu’il faut aller vers davantage de spécialisation. Le diagnostic a été une vraie passion.
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2 commentaires
bonjour,
je suis entièrement d’accord sur la deuxième partie. c’est devenu du « racket » et c’est pour ca qu’après 12 ans de diagnostics, je raccroche. Bon courage à tous ceux qui continue
Je ne vais certainement pas tardé à suivre, …. , malheureusement pour les mêmes raisons.
Mais aussi parce que la répression faite par les contrôles de certif est concentrée essentiellement sur les indépendants (qui pèsent bien moins lourds que les PME) et chose surprenante, les OC couvrent les fraudeurs avérés (je peux en apporter les preuves).
Dans ces conditions, inutile de continuer de se faire racketter (je sors à peine du CSO DPE que je suis déjà relancé pour la surveillance !, c’est lunaire !!! même si c’est bien prévu par les textes).