3 QUESTIONS À OLIVIER MONTIGAUD Interview
Olivier Montigaud (OMD à Royan) a depuis près de vingt ans tracé sa route dans le monde du diagnostic. Également examinateur et formateur, il partage avec nous sa vision du métier, avec sa jovialité naturelle mais sans langue de bois, et espère un changement de paradigme pour envisager un avenir plus serein pour les diagnostiqueurs.
Olivier, peux-tu nous présenter ton parcours professionnel ?
Comme beaucoup de monde, j’ai mis un pied dans le diagnostic un peu par hasard. Après une première carrière dans la grande distribution, à la direction financière du groupe Auchan où je m’occupais d’audit interne. Je faisais alors entre 15 et 20 000 km de déplacements chaque mois et j’ai éprouvé le besoin de changer de rythme. J’ai alors pris une agence immobilière en franchise à Royan pendant 5 ans. Mais cela ne m’a pas plu : je pensais que c’était un métier sérieux et j’ai compris que c’était un métier de vendeurs à la sauvette. En 2005/2006 quand les diagnostics ont commencé à s’imposer, j’ai fermé l’agence et je me suis lancé, d’abord seul puis avec des associés, pour atteindre une dizaine de salariés. J’ai fait partie, avec Stéphane Reyssent notamment, du Pacte déontologique pour faire interdire le commissionnement et j’ai aussi fait partie des gens qui ont voulu aller au Conseil d’État contre la certification. Sur Diagactu, il y avait 4 000 inscrits sur le Forum. Mais quand il a fallu payer 40 000 € pour déposer le recours pour faire annuler le dispositif, nous n’avons été que 4 à répondre à l’appel…
En 2016, on m’a proposé de devenir examinateur et ensuite de faire de la formation. L’épisode du Covid, une séparation d’associés et surtout de très graves problèmes de santé ont radicalement changé ma vision des choses et je suis redevenu un solo. Depuis l’an dernier, je suis en phase de cession progressive de mon cabinet à un repreneur qui débute dans le métier mais pas dans le bâtiment, et à qui je transmets mes savoirs. Mon objectif est de lever le pied en faisant deux jours de diagnostics, surtout de l’audit énergétique, et deux jours de CSO ou de formation. C’est un métier hyper stressant et je constate que beaucoup de confrères rencontrent des problèmes de santé après 20 ans d’activité. Dans beaucoup de métiers, quand on rend un rapport ou qu’on finit une mission, c’est terminé. Pour nous, c’est le moment où les emmerdes commencent.
Tu es examinateur en CSO depuis plusieurs années. Quels constats tires-tu de ce rôle et as-tu senti une évolution depuis les durcissements mis en place l’an dernier ?
Auparavant, certains certifiés nous emmenaient sur des situations complexes afin que le CSO leur permette de progresser. Aujourd’hui, le renforcement des sanctions incite les certifiés à nous amener sur des situations faciles. Cela limite donc les écarts techniques mais surtout la capacité à revoir des éléments qui ne sont pas encore bien maitrisés.
Certes, ce durcissement a eu un effet : plus qu’avant, les certifiés révisent les points problématiques avant leur CSO, comme les masques, les LNC, etc. Il y a donc en partie une montée en compétences. C’est le principe du radar fixe qui fait ralentir. Mais le climat de défiance et la peur de perdre son permis de travail font que les gens stressent. Nous sommes en train de surinvestir le stress dans ce métier. Or c’est un mauvais conseiller car il fait faire des erreurs. Je suis persuadé que certains font des erreurs en CSO qu’ils ne feraient pas dans des conditions normales.
J’ai peur que ce climat de défiance finisse par aseptiser les CSO et qu’on perde l’essence de ces contrôles qui ne sont certes pas de la formation, mais qui doivent faire progresser. Au prix que coûte un CSO, il faut qu’il en sorte quelque chose. Les diagnostiqueurs ne sont absolument pas contre des visites régulières et pertinentes de coaching et d’accompagnement. Ils sont même prêts à investir pour cela. Mais ils préféraient finalement qu’on ait une approche plus pédagogique et moins gendarmesque.
Il faudrait que, tout en gardant un régime de sanctions et de montée en compétences, on arrive à faire passer les CSO dans une ambiance plus sereine. Quand je signale un écart en citant précisément la norme, le diagnostiqueur apprend. Si je le traite comme un mauvais élève, il se braque. Et si nous continuons dans cette voie, il n’y aura plus de montée en compétences du tout.
Tout ce système génère une autre problématique. De plus en plus de diagnostiqueurs arrêtent parce qu’ils en ont assez. Avec la baisse de fréquentation des OF en formation initiale, on s’oriente vers une véritable problématique en matière d’emploi d’ici deux ans.
Que penses-tu du plan ministériel de fiabilisation du DPE lancé en mars par la ministre du Logement ?
Il y a des idées intéressantes, comme la possibilité de masquer l’étiquette DPE face au client pour éviter les pressions – j’ai un diagnostiqueur sur quatre qui me dit en avoir subi. En revanche, vouloir tout envoyer à l’aveugle sans retour possible avant l’enregistrement à l’Ademe n’a pas de sens. Il faudrait un peu plus de souplesse en nous permettant d’avoir un premier retour en envoyant les données pour effectuer des modifications avant de l’enregistrer définitivement. Je me pose aussi la question de la formation : comment fera-t-on pour former si on ne peut pas éditer d’étiquettes sans déposer un DPE à l’Ademe ? Quant aux QR Code, on en fait beaucoup pour pas grand-chose. N’importe qui avec quelques compétences en informatique peut générer un QR Code renvoyant vers un faux site.
Surtout, je m’inquiète de la manière dont tout cela est imposé, sans concertation, dans un climat de défiance. Les diagnostiqueurs ne sont absolument pas contre une meilleure formation, une sécurisation des flux, une concurrence plus saine, et tout cela est étroitement lié. L’annonce du plan, deux jours avant les RVDi, sans même en parler aux fédérations… c’est un mépris total pour la profession. Cette défiance et cette manière de communiquer sont problématiques. On fait de la fraude le cœur du problème et on gouverne à coups de sanctions. Il faut en finir avec ce principe et la DHUP doit enfin travailler véritablement en synergie avec les diagnostiqueurs pour restaurer la confiance. Elle doit faire preuve de plus de discernement entre la gravité des erreurs et l’échelle de sanctions qui est aujourd’hui disproportionnée. Et comme on ne donne pas tous les outils aux diagnostiqueurs pour qu’il exercent leur métier dans de bonnes conditions, par exemple des bons logiciels, ils ont le sentiment qu’on se paie de leur tête quand ils se font taper dessus.
Certes, les diagnostiqueurs doivent se remettre en cause et continuer à monter en compétences, mais c’est à la DHUP de tout mettre en œuvre pour que la profession gravisse les échelons un à un. On ne résoudra rien si on ne sécurise pas la formation. La problématique des OF, c’est de former des gens. Mais la vraie problématique de la profession, c’est que ces gens deviennent diagnostiqueurs. Il faut absolument augmenter les budgets et les durées des formations initiales, ainsi que les obligations de terrain pour tous les domaines.
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3 commentaires
Je confirme et j’abonde.
On est tous perfectible surtout vu la complexité qu’est devenu le DPE, l’obscurantisme autour de règles qu’on nous opposent, mal écrites, floues, voire contradictoires, Et le stress que procure ces contrôles couperêts, sans discernement, sans pouvoir se défendre, sans droit de recours (pas de report des obligations en cas de contestation).
Le sentiment : on veut nous éliminer pour laisser la place au gros, qui eux, peuvent négocier car ayant de gros contrats à négocier avec les OF et OC.
Une avancée tout de même, la prise en compte de la récurrence des écarts, uniquement lors des surveillances, dommage que ce ne soit pas appliqué lors des CSO, surtout quand on tombe sur un cas particulier.
Actuellement, je suis sur la sellette, si je ne parviens pas à exécuter mes 3,5h de formation et mon cas test avant le 4/8 alors qu’on ne me propose que deux dates de test, je serais suspendu.
Si c’est le cas, j’abandonnerai et laisserai la place aux margoulins qui, pendant ce temps là, s’en donne à coeur joie!
OMD, toujours aussi juste !
Tout est dit. Rien à ajouter.
La profession est de plus en plus compliquée et on ne trouve plus de technicien.
Il faut absolument que le gouvernement et la DHUP écoutent les diagnostiqueurs, sinon on va droit dans le mur !
Bon courage à tous !
Je suis entièrement d’accord avec toi Olivier, il faut absolument proposer des formations plus complètes, mais à quelle prix ? Certains diagnostiqueurs prônant que la qualité de leur diagnostics à un prix, sont aussi ceux qui cherchaient les OF les moins chers… Donc forcément…