3 QUESTIONS À SAM ZANOUN Interview
Sam Zanoun (Le Diagnostic Pro) n’a jamais vu le diagnostic immobilier comme une simple case administrative. Thermicien de formation, diagnostiqueur de terrain et formateur passionné, il a fait de son métier une passerelle entre technique, pédagogie et vision d’avenir. En tant qu’administrateur de l’Alliance du diagnostic immobilier, il entend aussi se battre pour l’avenir de la filière. Il s’est prêté au jeu de notre rubrique « 3 questions à » pour livrer sa vision sans concession des dysfonctionnements du métier. Il dénonce un système qui met la profession sous pression et appelle à un véritable esprit de corps pour que les diagnostiqueurs fassent enfin entendre leur voix.
Sam, peux-tu nous présenter ton parcours ?
J’ai connu le diagnostic immobilier en rencontrant un ancien certifié en 2017 au cours d’une formation. Au-delà de ma sensibilité aux problématiques d’amélioration de l’habitat et de mon expérience dans les installations électriques en milieu industriel, le métier m’a attiré pour l’indépendance. Étant formateur à mon compte, je ne voulais pas être salarié. Et comme je faisais beaucoup de déplacements professionnels, c’était aussi l’occasion de me recentrer sur l’Hérault, ma région d’adoption. J’ai donc entamé mon processus de formation/certification en 2019 que j’ai achevé en 2020 en plein Covid. J’ai complété ma formation auprès de professionnels aguerris comme Anne Semay pendant quelques semaines, puis j’ai monté ma boite, Le Diagnostic Pro, en solo.
« Chtarbé »de formation, j’ai ensuite validé une licence pro à l’IUT de Saint-Nazaire pour monter en compétences sur la partie bâtimentaire et les domaines hors du champ de la certification : 3PT, DTG, pathologies, etc. C’est une excellente formation que je conseille. J’ai aussi obtenu un mastère spécialisé de l’école des mines de Saint-Étienne pour devenir thermicien, tout en poursuivant mon activité. J’ai récemment intégré le réseau Xylodiag de Stéphane Reyssent, pour le secteur de l’Hérault et les départements limitrophes. Enfin, je participe au groupe de travail de la commission X46D sur la future norme DPE.
Mon entreprise a maintenant 5 ans et fonctionne essentiellement grâce aux particuliers recommandés par des notaires, du bouche-à-oreille ou du référencement naturel. J’évite de travailler avec les agences immobilières. Mais je me pose la question de m’orienter vers une clientèle plus BtoB, notamment dans les grandes villes de mon secteur, Montpellier et Béziers, pour faire du 3PT, du DTG, etc. Si les diagnostics immobiliers constituent une grande part de mes revenus, je continue cependant à faire de la formation professionnelle.
Tu as fait le choix de rejoindre l’Alliance du diagnostic immobilier, peux-tu nous expliquer les raisons de cet engagement ?
Je me suis engagé à la CDI FNAIM très peu de temps avant la fusion avec la FIDI au sein de l’Alliance du diagnostic immobilier, d’abord comme simple adhérent puis très rapidement en tant qu’administrateur.
J’ai fait ce choix pour deux raisons. Tout d’abord parce que nous sommes confrontés à une vraie problématique de représentation dans la profession. Je voulais rejoindre une fédération pour défendre notre métier contre les attaques successives et la désinformation permanente qu’il subit, sans nous donner la possibilité d’un droit de réponse. Mais la représentation de notre métier est très éclatée alors même que nous sommes une profession de reconversion composée de beaucoup d’indépendants qui n’ont pas la culture de se fédérer, sauf par intérêt pour bénéficier d’une assurance ou de partenariats. Beaucoup se plaignent mais n’agissent pas.
Si demain, nous avions une fédération avec un véritable esprit de corps, nous serions en capacité d’exprimer notre ras-le-bol par un arrêt de notre activité qui bloquerait très rapidement les transactions. Sauf que nous sommes dans un métier avec beaucoup d’individus travaillant seuls et quand on évoque l’idée d’un mouvement à grande échelle, il n’y a plus grand monde.
La seconde raison de mon engagement, c’est la crainte ultime de beaucoup de confrères : se retrouver suspendu en raison des renforcements des contrôles et des conséquences des écarts qui en découlent. Et sur ce point, la DHUP ne nous écoute pas assez. Quand l’Administration n’a pas les solutions techniques, elle reporte les mesures. Quand il s’agit de nous et d’œuvrer à notre montée en compétences, on invoque la fraude pour nous imposer des réformes sans réelle concertation, avec un impact lourd sur notre activité et notre capacité à travailler en toute sérénité. Certes, la fraude existe, même si elle est bien moins importante qu’on veut nous le faire croire, mais la mettre sur un piédestal c’est faire de l’amalgame. Ces éléments de langage sont très problématiques.
Es-tu inquiet pour l’avenir de la profession ?
La crainte de beaucoup de diagnostiqueurs, notamment les petits indépendants, c’est de savoir s’ils vont pouvoir se sortir un salaire digne et s’ils ne vont pas être suspendus. J’ai des confrères qui ont été suspendus et qui l’ont très mal vécu.
Aujourd’hui, l’éclatement de notre métier ne vaut pas que pour sa représentation ou la taille de ses entreprises. Nous avons 13 organismes de certification et environ 35 organismes de formation. C’est beaucoup et je suis étonné de leur solidité financière. Cela démontre une certaine pression financière sur les clients de ces organismes dont certains ne se montrent pas toujours à la hauteur des enjeux. J’en veux pour preuve que beaucoup de supports de formation continue, surtout sur la partie DPE et audit énergétique, ne changent pas d’une année sur l’autre. Pour la formation initiale, même si la durée a été augmentée, une partie a été maintenue en distanciel. Comment est-il possible de délivrer un titre professionnel avec l’essentiel de la formation réalisée à distance, alors que nous sommes un métier de terrain ? Il faudrait moins d’organismes de formation et potentiellement des diplômes universitaires Bac+3, voire Bac+5 pour certains domaines d’expertise. Mais des vrais diplômes, pas des titres professionnels.
Dans le même temps, la défiance vis-à-vis des OC ne cesse de grandir avec la crainte des écarts lors de nos contrôles qui peuvent conduire à des cas test, des obligations de formation, etc. C’est un sujet crucial car on a l’impression d’être la planche à billets des organismes de formation et de certification. Le modèle économique est ainsi fait que l’on ponctionne les diagnostiqueurs. Les contrôles annuels constituent une lourdeur financière importante et il faut que les pouvoirs publics comprennent que nous ne sommes pas des vaches à lait.
Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait ni ce qu’il adviendra des différentes missions parlementaires en cours. Est-ce qu’un ordre professionnel est pertinent ? S’il nous permet de réduire le nombre d’OF et d’OC, d’assurer notre montée en compétences au travers de diplômes, de traiter les problématiques de réclamations avec nos clients, de mieux encadrer et de mieux représenter notre profession, alors oui l’ordre est une bonne chose.
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