FIN D’UN CHAPITRE : ALAIN PÉRIÉ QUITTE LA RÉDACTION Interview
Créé à l’été 2007, Diagactu est né en même temps qu’une profession encore balbutiante. En vingt ans, le média s’est structuré au rythme de la professionnalisation du diagnostic immobilier. À l’heure de son départ, Alain Périé revient sur la genèse du site, ses évolutions et sa vision du métier.
Alain, peu de lecteurs connaissent la genèse de Diagactu. Comment l’aventure a-t-elle réellement commencé ?
J’ai fait une assez longue carrière dans l’immobilier et ensuite, peu le savent, j’ai été diagnostiqueur immobilier en 2006 pendant quelques mois, le temps de réaliser que je n’étais pas fait pour ça, surtout sur le plan technique. Et donc j’ai rapidement interrompu cette expérience, au grand soulagement de mes clients et de mon assureur (rires). En revanche, j’avais le goût de l’information et de l’écriture. J’ai ainsi lancé diagnostiqueur-immobilier.fr à l’été 2007, qui deviendra ensuite Diagactu. A ma grande surprise, le site a été immédiatement et massivement adopté par les diagnostiqueurs. Je crois qu’ils ressentaient déjà un besoin vital d’échanger entre eux alors que leur métier se structurait avec la pose des premières bases de leur statut, dont notamment l’introduction de la certification obligatoire. Le forum de diagnostiqueur-immobilier.fr est devenu assez vite un lieu central pour la profession. Aujourd’hui, les échanges se sont déplacés vers les réseaux sociaux, mais ce lien reste indispensable pour des professionnels souvent isolés sur le terrain.
Tout est une question d’opportunité parait-il et des rencontres ont également été décisives…
Absolument. Si Diagactu est devenu le plus ancien média de la profession, c’est grâce à des rencontres clés au bon moment. Je pense en particulier à Jean-Pierre Molia, président de la FNECI (une ancienne fédération de diagnostiqueurs), à Michel Queyraud aussi qui est venu me chercher, sur le conseil de Charles-Éric Petit, le premier journaliste de la profession, pour créer en 2009 les Rendez-Vous du Diag immo (RVDi) Je pense aussi à Yvan Marzolf qui fut une personnalité attachante et qui aura compté à sa manière dans les premières années d’existence du site et son positionnement. Mathias est aussi arrivé au bon moment et, sans lui, je ne sais pas ce que serait devenu Diagactu. Et je n’oublie pas bien sûr Hervé Pogam et Thomas Perri, auxquels je transmets Diagactu en toute confiance et amitié. Et bien d’autres personnalités qui m’ont accompagné et pour lesquels j’ai un profond respect. Elles sont trop nombreuses pour être citées ici, elles se reconnaitront, mais ma gratitude envers elles est immense.
Le métier s’est professionnalisé au fil des ans, tout comme Diagactu finalement. Peut-on dire qu’ils ont évolué ensemble ?
C’est certain. Au début, le métier était très artisanal, porté par une effervescence et une certaine liberté d’entreprendre qui ont malheureusement généré quelques dérives que la profession paie encore. Elle est désormais très réglementée, très contrainte, trop sans doute. Mais oui, en effet, Diagactu s’est développé en suivant un peu cette trajectoire. À mes débuts, j’étais seul et je faisais tout, parfois maladroitement. D’ailleurs, je n’ose même plus relire mes premiers articles ! Et en 2019, j’ai lancé les webinaires avec lesquels j’ai pris beaucoup de plaisir : l’échange direct, la parole donnée aux professionnels et à des centaines d’acteurs de la filière. Depuis le Covid, ils se sont généralisés et c’est une bonne chose. Je suis d’ailleurs très heureux qu’Andréa reprenne l’animation de ces webinaires et y apporte sa personnalité et ses compétences professionnelles. Grâce à elle, ces moments d’échange et d’information vont retrouver un second souffle.
Avec le recul, quel regard portes-tu sur la filière du diagnostic immobilier ?
J’ai eu la chance de pouvoir observer la naissance et l’essor d’une nouvelle filière, ce n’est pas si courant. En une petite vingtaine d’années, ce métier a tellement évolué ! Le nombre d’entreprises a plus que triplé et le marché, estimé en 2024 à 1,5 milliard d’euros, a changé de dimension. Mais il est dommage que la profession ait pris une mauvaise orientation dans les années 90 et qu’elle n’ait pas réussit à s’imposer comme le tiers de confiance incontestable de tous les acteurs de la chaîne de la transaction et même au-delà. Elle est mal née et ne fait depuis que tenter de rattraper laborieusement ce déficit de crédibilité à coup de réformes parfois incohérentes et mises en œuvre dans l’urgence et sans réelle concertation, comme ce renforcement excessif du dispositif de certification DPE/Audit. C’est ça d’ailleurs qui est frappant, c’est ce contraste entre la multitude de compétences que recèle cette profession et son image très dégradée auprès des pouvoirs publics.
Comment vois-tu l’avenir de la profession de diagnostiqueur ?
Je crois que les orientations prises par les pouvoirs publics en termes d’encadrement finiront tout de même in fine par porter leurs fruits. On en a tous conscience, même si elles sont marginales, les pratiques frauduleuses en matière de DPE doivent être éradiquées. Et pour cela, il faut du contrôle. Mais je parle d’un contrôle pertinent et pas d’un flicage. C’est à ce prix qu’on pourra restaurer une confiance durable et conserver ce marché important pour le développement des entreprises. L’autre grand virage, c’est l’Intelligence Artificielle. Elle va bouleverser les méthodes, fiabiliser les rapports et optimiser le temps de travail. Dans dix ans, on ne fera plus ce métier de la même manière, c’est une évidence. Les diagnostiqueurs doivent s’y préparer dès maintenant pour que l’outil IA reste une aide et ne vienne pas à les remplacer.
En quittant Diagactu, que ressens-tu et que retiens-tu avant tout de cette aventure ?
Je ressens un pincement au cœur, forcément, même si j’ai eu un an pour m’y préparer. Quitter Diagactu, c’est quitter aussi tout cet écosystème dans lequel j’ai pris beaucoup de plaisir à évoluer. Je retiens surtout les rencontres avec des centaines de personnes venues de tous horizons dont certaines sont devenues des amis. C’est ça aussi qui fait l’attrait de cette filière : les diagnostiqueurs ne sont pas fabriqués dans un moule unique. Cette diversité de parcours et de caractères est une richesse incroyable. Mais ma plus grande fierté, c’est de voir Andréa et Mathias assurer la suite. Je sais que l’information restera fiable, réactive et respectueuse des professionnels. Ils le méritent. Savoir que Diagactu poursuit sa route entre de bonnes mains est inestimable pour moi.
Que peut-on te souhaiter alors ?
Disons… autant de plaisir et de réussite dans mes nouvelles aventures que ceux que j’ai eus avec Diagactu ?
Vous avez une information à nous transmettre, un témoignage à nous relayer, ou une idée d’article ?
Contactez la rédaction de Diagactu !






4 commentaires
beaucoup de respect, bonne continuation
…et une bonne année 2026
Je te remercie pour ton travail et ta bonne humeur, et te souhaite plein de réussite et de belles aventures pour la suite. Bien à toi.
Nour-Eddine. (TOPODIAG)
Merci à vous pour ces longues années d’information et de partage, je vous souhaite une bonne continuation dans vos projets.
Meilleurs voeux en ce début d’année.