QUAND LA MÉRULE TRANSFORME LE PROJET D’UNE VIE EN CAUCHEMAR Interview

Mérule
Publié le par Mathias LOVAGLIO

Ils venaient de signer pour la maison qu’ils attendaient depuis longtemps : une bâtisse à rénover dans l’Ain. Mais une semaine après l’achat, une découverte vient faire basculer le projet : des champignons sous une planche, dans la grange.

« J’étais avec une amie. Elle m’a tout de suite dit que ce n’était pas normal, que ça ressemblait à quelque chose de “pourri” », raconte Camille (pour préserver l’anonymat, le prénom a été modifié). Inquiète, elle cherche des informations en ligne et, très vite, un mot revient : mérule. Camille contacte alors une société spécialisée, à qui elle envoie des photos. La réponse est sans détour : la probabilité d’une mérule est très élevée. On lui conseille de ne pas en rester là et de réaliser un prélèvement qui confirme malheureusement la présence du champignon. Le choc est d’autant plus violent que l’infestation est massive. « On parle d’une zone d’environ 10 mètres sur 5 cachée au moment des visites sous une planche de bois et un établi, ce qui rendait l’accès difficile et empêchait une véritable inspection. Si on l’avait vue au moment des visites, on n’aurait jamais acheté », insiste-t-elle.

Procédure ou arrangement : le dilemme

La question d’une action s’impose. Le couple relit l’acte de vente, cherche s’il existe un levier pour se retourner. Elle entre aussi en contact avec Victor Sabet (Fongilab) par l’intermédiaire de son groupe Facebook qui l’alerte sur un point : « Il m’a clairement mis en garde : soit ça se règle à l’amiable, et tant mieux, soit ça part en procédure pendant des années, sans garantie du résultat. J’étais au plus mal. Partir sur plusieurs années de démarches … je ne m’en sentais pas capable. Et puis on voulait faire des travaux et tout aurait été mis en suspens. »

Une rencontre est finalement organisée sur place, avec le directeur de l’agence immobilière et la vendeuse, pour exposer la situation. La vendeuse nie avoir eu connaissance du problème : « Elle a expliqué que, si elle avait su, elle aurait bien évidemment agi. »

Après des négociations, un accord amiable est finalement trouvé : 18 000 euros sont obtenus. Une somme qui, d’après Camille, ne couvre pas uniquement la mérule car d’autres désordres ont été découverts (fuite en toiture, assainissement non conforme).

Des acquéreurs démunis face à la mérule

Au fil de son témoignage, Camille pointe un décalage entre ce qu’un acheteur est capable de détecter lors de visites et ce qu’il peut apprendre des diagnostics d’une part, et l’état réel du bien, d’autre part. « Au moment des visites, on ne va pas forcément scruter tous les indices. Nous ne sommes pas des professionnels, d’autant plus que la mérule était dissimulée », dit-elle. Le rôle des diagnostics est justement d’éclairer. Et lorsque certains points se révèlent finalement erronés, la confiance s’effondre. « Quand on voit que le diagnostic assainissement est présenté comme conforme alors que ce n’est pas le cas, il y a de quoi se poser des questions. »

Elle insiste également sur la zone grise de la mérule : « Sur notre secteur, il n’y a pas d’obligation de diagnostic termites et encore moins de diagnostic mérule. C’est une véritable impasse. Le notaire, l’agent immobilier, le diagnostiqueur, les vendeurs : chacun se renvoie la balle sans jamais prendre ses responsabilités. À part les spécialistes que j’ai contactés, je n’ai pas reçu beaucoup de soutien. Au final, on récupère la patate chaude. »

Traitée… mais pas oubliée

Si le traitement a bien été réalisé, la page n’est pas pour autant tournée pour Camille : « C’est une épée de Damoclès. Psychologiquement, ça m’affecte énormément. Je n’arrive pas à retourner dans cette grange que j’aimais tant au moment d’acheter ». Elle évoque un traumatisme, bien au-delà du coût des travaux. « Sans parler du préjudice financier, le préjudice moral est immense : la crainte de vivre avec ça, et le sentiment que notre maison est marquée au fer rouge. Le terme “cauchemar” n’est pas galvaudé. »

Camille tire tout de même une leçon de cette expérience : si un jour elle revend, elle dit vouloir se protéger et jouer la transparence. « On fera un diagnostic, pour nous couvrir et être clairs avec les acheteurs. »

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