CEP OU LETTRE « CONFORT D’ÉTÉ », FAUT-IL DE NOUVEAU FAIRE ÉVOLUER LE DPE ? Profession
Le DPE va-t-il encore évoluer ? Entre la consultation publique à propos du coefficient de conversion de l’électricité qui serait susceptible de passer à 1,7 ou l’annonce du ministre du Logement concernant la création d’une nouvelle lettre « confort d’été », qu’en pensent les diagnostiqueurs ?
AMC Diagnostic, Thomery :
« Je pense que le DPE doit être repris complètement, il faudrait intégrer ensemble le confort d’été et le confort d’hiver, tout en simplifiant la compréhension du DPE. Aussi, est-ce qu’on laissera réellement le temps d’obtenir des retours de terrain et de mener des tests pour fiabiliser ces potentielles évolutions ? Si ce n’est pas le cas, cela ne fonctionnera pas. Cela fait 17 ans que je fais du diagnostic, mais nous ne faisons pas que cela, nous réalisons aussi de l’audit thermique, du conseil, etc. Avec cette expérience, je trouve déjà que le DPE est assez compliqué pour que les gens comprennent réellement le résultat de leur note. Parfois, certaines notes sont difficiles à justifier. Même lorsqu’un logement est isolé, les résultats ne sont pas toujours très bons. Il faudrait améliorer la pertinence des données d’entrée et simplifier le système. Le confort d’été devrait être intégré à la note existante, mais certainement pas sous la forme d’une troisième étiquette, ça va compliquer la compréhension pour les acquéreurs et je me demande comment elle pourrait être calculée. D’autant plus qu’en 2028, on va encore revoir le calcul du CEP je suppose…. Malheureusement, des propriétaires qui ont réalisé des travaux pour sortir leur logement des classes F ou G risquent de se retrouver avec la même note, alors que d’autres logements atteindront un meilleur classement sans avoir fait de travaux. C’est une forme d’injustice. Aujourd’hui, on fonctionne toujours au coup par coup. Et l’année prochaine, il y aura peut-être encore une nouvelle évolution, à laquelle on réagira une fois de plus dans l’urgence. »
ITPI SAS, Troyes :
« Le CEP, personnellement, je pense que c’est encore une belle magouille de l’État pour faire sortir les logements parisiens du statut de passoire thermique. Au final, on baisse simplement un coefficient pour améliorer les notes, mais la facture énergétique des occupants, elle, ne changera pas. Ce n’est qu’un changement de calcul. Derrière cela, on accuse les diagnostiqueurs de fraude, alors que, dans le même temps, l’État modifie les règles en toute impunité et masque les véritables problèmes du DPE. Concernant le confort d’été, c’est vrai que cela répond surtout à une problématique des logements classés A et B, qui peuvent devenir de véritables bouilloires thermiques. Cela ne m’étonne qu’à moitié, car beaucoup de ces logements sont équipés d’une VMC double flux. En théorie, le principe est d’insuffler de l’air frais la nuit, mais lorsqu’on a des nuits à 23 °C, on insuffle finalement de l’air chaud. Ajouter un indicateur de confort d’été peut être une bonne idée. Plus il y a d’indicateurs pertinents, mieux c’est. En revanche, il faut donner aux diagnostiqueurs les moyens de les évaluer correctement. Le confort d’été ne dépend pas uniquement de l’orientation de la maison. Il dépend aussi des ouvertures. Par exemple, une fenêtre exposée plein sud dégrade fortement le confort d’été. Il faudrait donc une étude plus poussée que la simple prise en compte de l’orientation du bâtiment. Il faut également tenir compte de la capacité du logement à respirer car aujourd’hui, certaines maisons sont devenues trop étanches. À mon sens, cela ne complexifierait pas forcément le DPE. Je passe déjà beaucoup de temps avec mes clients, directement sur place, et j’aborde déjà toutes ces questions avec eux. »
Cabinet anonyme :
« Le CEP ? Pour moi, c’est ridicule depuis le début. J’entends le ministre dire qu’il faut encore l’améliorer, mais je trouve que tout cela est absurde. On se focalise uniquement sur les kilowattheures, puis on modifie un coefficient, on va encore le baisser. En 2028, ce sera quoi ? 1,5 ? Je suis moi-même propriétaire d’appartements à la montagne. Lorsque je les ai achetés, ils étaient bien classés. Après la réforme de 2021, ils se sont retrouvés mal notés, et maintenant ils sont de nouveau un peu mieux classés. Franchement, les bras m’en tombent. Concernant le confort d’été, ajouter une troisième note va encore complexifier le dispositif. Cela risque aussi de bloquer davantage les transactions immobilières et les mises en location. Je suis sceptique. Je ne comprends pas comment cette nouvelle note va être prise en compte. J’attends de voir. Je suis dans ma 27e année de diagnostic, et, pour moi, le DPE ne va pas dans le bon sens. Plus le temps passe, plus on complique les choses et plus on pénalise les gens. Honnêtement, j’en viens à avoir honte de réaliser des DPE. »
Cabinet Solo, Sète
« J’ai entendu dire que le coefficient allait être abaissé à 1,7 oui et ce n’est pas une mauvaise chose, parce que je ne vois pas pourquoi on ferait supporter aux propriétaires l’impact de la vétusté du réseau électrique, alors que cela ne se fait pas pour le gaz. En revanche, l’État a fait les choses à l’envers. Il aurait fallu commencer par cette évolution, puis seulement ensuite rendre l’audit obligatoire. Mais c’est un autre débat. Est-ce que ces changements sont compliqués à expliquer aux clients ? Oui, parce qu’ils montrent que notre métier est encore en train de se chercher, mais que nous sommes au cœur des enjeux liés à la transition écologique. Malgré tout, je trouve que le DPE sera plus juste avec cette évolution. Concernant le confort d’été, je trouve que c’est une très bonne idée de l’intégrer. Dans ma région, je refroidis presque autant mon logement que je le chauffe. En revanche, la question est de savoir comment cela va se répercuter concrètement dans le DPE. D’ailleurs dans les filières du bâtiment, on travaille désormais beaucoup sur les questions de rafraîchissement, et pas uniquement sur les besoins de chauffage. Il est donc logique que cet aspect apparaisse dans le DPE. Le véritable enjeu reste la manière dont l’État mettra cette évolution en œuvre. Au regard de la réforme du DPE de 2021, il est normal de s’interroger sur ces nouvelles évolutions. Pour ma part, je les vois plutôt d’un bon œil. Plus le DPE prendra en compte les caractéristiques réelles du logement, mieux ce sera. Avec le prix de l’énergie qui ne cesse d’augmenter, il est essentiel de disposer d’un document fiable, de plus en plus précis, qui permette d’identifier clairement les points forts et les points faibles d’une maison. C’est primordial ! »
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Un commentaire
Le 3CL-2021 n’est pas un moteur de calcul pertinent pour calculer le confort d’été et ne pourra jamais donner autre chose qu’une évaluation à l’emporte-pièce. Les outils adaptés doivent calculer les températures intérieures et extérieures au pas horaire : RT2012, RE2020 ou STD… Les outils existent il suffit de les utiliser plutôt que de vouloir faire dire à un logiciel qui date du siècle précédent ce qu’il ne peut pas dire!