THIERRY MARCHAND : « LE PPPT CONSTITUE AVANT TOUT UNE NOUVELLE RESPONSABILITÉ TECHNIQUE ET SOCIÉTALE » Profession
Dernièrement, Diagactu a publié un sondage à destination des diagnostiqueurs. L’objectif était de comprendre s’ils avaient, ou non, investi le marché du 3PT et les raisons de ce choix. À la suite de la publication de la restitution, Thierry Marchand, à la tête de Matry Conseil et spécialisé dans la copropriété, a tenu à réagir dans nos colonnes. Voici sa tribune.
« Le sondage publié par Diagactu met en évidence une réalité que je constate quotidiennement sur le terrain depuis plusieurs années : le Projet de plan pluriannuel de travaux (PPPT) constitue une évolution majeure du métier de diagnostiqueur immobilier, mais il ne s’improvise pas.
À mon sens, il est important de rappeler que le PPPT ne consiste pas uniquement à dresser une liste de travaux ou à établir un programme budgétaire. Il s’agit avant tout d’une analyse technique globale d’un bâtiment, qui nécessite de comprendre son fonctionnement, son histoire, son mode constructif, ses pathologies, ses interactions avec son environnement et les conséquences que pourront avoir les travaux préconisés.
Depuis la loi du 9 avril 2024 visant à accélérer et simplifier la rénovation de l’habitat dégradé, le rapport de PPPT est d’ailleurs assimilé à un diagnostic structure lorsque celui-ci est exigé par cette même loi. Cette évolution n’est pas anodine. Elle traduit la volonté du législateur de reconnaître que cette mission engage une véritable expertise technique, dépassant largement le simple cadre de la maintenance immobilière.
Je comprends parfaitement les difficultés exprimées par de nombreux confrères concernant le niveau Bac+3 exigé ou la difficulté à recruter des profils qualifiés. Toutefois, il ne faut pas considérer cette exigence comme une barrière destinée à exclure les diagnostiqueurs immobiliers. Bien au contraire.
Qui, aujourd’hui, intervient de manière aussi régulière sur l’ensemble du parc immobilier que le diagnostiqueur ? Qui observe quotidiennement les désordres, les pathologies, les modes constructifs, les rénovations énergétiques, les défauts de ventilation, les problèmes structurels, les infiltrations ou encore les interactions entre les différents ouvrages ? Peu de professions disposent d’une vision aussi transversale du bâtiment.
Le marché du PPPT n’est donc pas fermé à une profession particulière. Il est naturellement accessible aux diagnostiqueurs immobiliers, à condition qu’ils disposent des compétences nécessaires. Et c’est précisément là que réside l’enjeu.
L’expérience acquise sur le terrain est indispensable, mais elle ne suffit pas à elle seule. L’observation d’un bâtiment ne remplace jamais la compréhension des phénomènes physiques, des mécanismes structurels ou des interactions entre les différents corps d’état. Ces connaissances doivent être consolidées par une formation exigeante, approfondie et adaptée aux responsabilités de cette mission.
Former un professionnel au PPPT ne peut pas se limiter à quelques jours de sensibilisation. Il est nécessaire de maîtriser les systèmes constructifs anciens et contemporains, les mécanismes de dégradation, les principes de stabilité des ouvrages, la physique du bâtiment, les interactions avec la rénovation énergétique, les obligations réglementaires, mais aussi les conséquences techniques et financières des préconisations formulées.
Car il ne faut jamais oublier qu’un rapport de PPPT engage durablement son auteur. Les travaux proposés peuvent représenter plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions d’euros pour une copropriété. Ils orientent les décisions des copropriétaires, des syndics, des maîtres d’œuvre et parfois des juridictions en cas de contentieux. Une erreur d’analyse peut avoir des conséquences importantes pendant de nombreuses années.
Cette responsabilité impose donc un haut niveau d’exigence.
À mon sens, la profession doit considérer cette évolution comme une formidable opportunité de montée en compétences plutôt que comme une contrainte réglementaire. Le métier de diagnostiqueur évolue. Nous ne sommes plus uniquement des producteurs de rapports réglementaires ; nous devenons progressivement des acteurs de la connaissance technique du patrimoine bâti et de l’aide à la décision.
Le PPPT, tout comme demain le diagnostic structure, participe pleinement à cette évolution.
C’est pourquoi je considère que l’investissement dans une formation solide, exigeante et professionnalisante n’est pas une charge, mais une garantie de qualité pour les clients, une protection pour les cabinets et un véritable levier de reconnaissance pour notre profession.
L’avenir du diagnostic immobilier ne repose pas uniquement sur la multiplication des obligations réglementaires. Il repose avant tout sur la confiance accordée aux professionnels. Et cette confiance ne peut exister que si elle s’appuie sur des compétences démontrées, une méthodologie rigoureuse et une responsabilité pleinement assumée.
En conclusion, le PPPT ne doit pas être considéré comme un simple nouveau marché à conquérir. Il constitue avant tout une nouvelle responsabilité technique et sociétale.
Notre crédibilité ne se mesurera jamais au nombre de rapports produits, mais à la qualité de nos analyses, à la pertinence de nos préconisations, à notre indépendance et à notre capacité à éclairer durablement les décisions des copropriétaires.
Le diagnostiqueur immobilier possède une vision globale du bâtiment que peu de professions peuvent revendiquer. C’est cette approche transversale, enrichie par une solide formation et une expérience de terrain, qui lui permet d’appréhender un ouvrage dans toutes ses dimensions : techniques, structurelles, énergétiques, sanitaires et patrimoniales.
À l’heure où les enjeux de sécurité, de préservation du patrimoine, d’adaptation au changement climatique et de rénovation énergétique deviennent indissociables, notre métier est appelé à évoluer bien au-delà du simple contrôle réglementaire.
Je suis convaincu que le diagnostiqueur immobilier a vocation à devenir un véritable médecin généraliste du bâtiment : celui qui observe, comprend, établit un diagnostic, hiérarchise les priorités et oriente les propriétaires vers les solutions les plus adaptées. Mais, comme toute profession à forte responsabilité, cette évolution suppose un niveau élevé de compétences, une formation exigeante et une remise en question permanente.
C’est à cette condition que le PPPT, comme le diagnostic structure instauré par la loi du 9 avril 2024, contribuera pleinement à renforcer la sécurité des personnes, à préserver durablement notre patrimoine bâti et à faire reconnaître le diagnostiqueur immobilier comme un acteur incontournable de la connaissance et de la gestion des bâtiments. »
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