JEAN-CHRISTOPHE PROTAIS (SIDIANE) : « IL FAUT UN VÉRITABLE SCHÉMA DIRECTEUR POUR LA FILIÈRE » Technique

Publié le par Alain

Le tout nouveau président du SIDIANE a réservé sa première intervention publique aux lecteurs de Diagactu. Il explique les raisons qui ont conduit à la création de ce syndicat de diagnostiqueurs et en présente la feuille de route.

Quel est l’objet du SIDIANE et pourquoi avoir créé un syndicat supplémentaire alors que la filière du diagnostic immobilier est déjà représentée par 4 fédérations (CDI-FNAIM, FIDI, LDI et FED EXPERTS) ?

Lorsque les membres fondateurs du SIDIANE m’ont sollicité, j’ai ressenti beaucoup de frustrations de leur part. Ils ont considéré que leur problématique, et plus généralement celle du diagnostiqueur quelle que soit sa taille, n’était pas bien représentée au travers de la FIDI ou de la CDI-FNAIM. Ils ont vécu comme un traumatisme de ne pas avoir été entendus sur le DPE après avoir pourtant tiré la sonnette d’alarme. Et il y a eu d’autres épisodes comme celui de l’audit énergétique. Ils se sont alors dit qu’il leur fallait prendre leur destin en mains et créer quelque chose d’un peu différent et de complémentaire. Il ne s’agit pas d’être en opposition avec les fédérations existantes, mais bien de travailler ensemble avec une représentation plus compacte. D’ailleurs, à la suite du communiqué de presse de décembre annonçant la création du SIDIANE, l’administration nous a sollicités sur la problématique de l’audit énergétique en tant que nouvelle fédération.

Compte tenu de la taille des entreprises fondatrices du SIDIANE, ne craignez-vous pas d’être perçu comme le syndicat des « grosses structures » ?

Je ne le pense pas. Il y a 4 catégories d’entreprises dans la filière du diagnostic immobilier : les indépendants, toujours majoritaires, qui évoluent principalement sur le marché de la transaction, les acteurs régionaux qui sont des acteurs intermédiaires réalisant en moyenne environ 3 millions d’euros de chiffre d’affaires, les grosses entités indépendantes, entreprises et réseaux qui représentent la majorité des membres fondateurs du SIDIANE, et enfin les bureaux de contrôle. Mais le SIDIANE est ouvert à tout le monde car 90% des problématiques sont communes à tous les acteurs du diagnostic. Je suis par exemple intimement convaincu que les petits indépendants ont autant souffert du nouveau DPE que les grosses entreprises. Néanmoins, il y a en effet quelques thématiques que nous souhaitons porter, en particulier la certification d’entreprise, qui ne concernent que les structures les plus importantes.

Quelle est la position du SIDIANE à propos de cette certification d’entreprise ?

La reconnaissance extérieure par une entité indépendante me semble indispensable, mais elle doit être adaptée à la taille des entreprises, ce qui n’est pas le cas actuellement avec la certification de personnes. Quand vous avez une structure comptant 300 diagnostiqueurs, cela me semble une aberration que la reconnaissance extérieure soit liée aux personnes et non à l’entreprise. Lorsque l’on compare à d’autres secteurs, vous avez soit des certifications d’entreprise, soit des accréditations d’entreprise. Imaginez une structure comme Bureau Veritas avec ces 5 000 inspecteurs qui auraient une reconnaissance extérieure individuelle pour chacun d’entre eux ! Ce n’est pas logique. Ce qui compte avant tout pour ces grosses structures, c’est la reconnaissance de l’entité globale avec tout ce qu’elle met en place pour garantir la qualification de ses salariés. C’est un sujet sur lequel nous souhaitons effectivement être entendus.

Le risque n’est-il pas de faire naitre un régime de certification de compétences et donc un marché du recrutement à deux vitesses ?

La certification d’entreprise ne concerne pas les petits cabinets qui n’ont pas la capacité de financer un système de management de la qualité ou des audits par le Cofrac ou des organismes certificateurs. La certification de personnes reste parfaitement adaptée pour ces petites structures. Mais il n’y a pas d’opposition et je ne parlerais pas d’un régime à deux vitesses qui laisserait entendre qu’il y a ceux qui marchent vite et ceux qui marchent plus lentement. En réalité, il s’agit d’avoir un régime plus adapté aux différentes typologies d’entreprises.

Quels sont les autres dossiers prioritaires pour le SIDIANE ?

Tout ce qui est lié à la rénovation énergétique est le sujet numéro un. Nous avons la certitude que les diagnostiqueurs peuvent s’imposer comme des acteurs incontournables de la rénovation énergétique. C’est un métier de proximité et cette proximité se matérialise par les réseaux décentralisés des grosses structures, mais aussi par la présence sur le terrain des petits cabinets. Il faut donc essayer de remettre l’église au milieu du village sur le DPE, mais aussi faire en sorte que l’audit énergétique parte sur de bons rails dans l’intérêt de tous et pas seulement des diagnostiqueurs. Mais les échéances sont courtes. Nous avons été invités à participer aux discussions et c’est important pour nous d’avoir l’occasion de nous faire entendre pour contribuer au lancement d’un audit énergétique qui soit adapté à nos entreprises mais avant tout au défi climatique.

L’autre dossier prioritaire est la formation initiale et professionnelle des diagnostiqueurs. Le métier devient de plus en plus technique, il est en développement et donc créateur d’emploi. Tous les acteurs, quelle que soit leur taille, ont besoin de personnel compétent et motivé.

Dans leur communiqué de décembre dernier, les membres fondateurs du SIDIANE regrettaient le manque de vision d’ensemble sur le développement de la filière. Comment comptez-vous y remédier ?

C’est notre fil conducteur ! Il ne faut pas regarder le diagnostic comme quelque chose de vertical. Il y a une problématique globale qui est celle de la qualité du bâtiment. L’idée est d’avoir un schéma directeur qui intègre l’ensemble des problématiques liées au bâti que cela soit le problème des polluants ou le volet énergétique. Il s’agit donc de mener une réflexion globale qui est d’ailleurs déjà amorcée. Nous n’allons pas révolutionner le monde de la construction mais nous voulons pouvoir proposer une vision globale de la qualité du bâtiment et nous pensons pouvoir en être un acteur majeur en tant qu’intervenant sur le bâti existant. Dans ce schéma directeur, il y a le volet énergétique qui est prépondérant, mais il y a aussi les évolutions réglementaires. Nous voulons également y contribuer, sans faire d’ingérence auprès de l’administration. La réglementation doit être vertueuse et correspondre à une mission générale qui est l’amélioration de la qualité du bâtiment, mais aussi être adaptée à nos structures. Il ne faut pas qu’elle soit déconnectée des professionnels qui vont devoir la mettre en œuvre.

Il nous semble à ce titre opportun de relancer une réflexion sur le contrôle technique obligatoire du bâti. En comparaison, la mise en place d’un contrôle technique automobile obligatoire a permis d’améliorer significativement la qualité du parc automobile en France.

La FIDI avait réagi à votre communiqué annonçant la naissance du SIDIANE en proposant en la création d’une intersyndicale. Comment accueillez-vous cette proposition ?

Aujourd’hui, nous avons une page à écrire et cette page est presque vierge. Je souhaite pouvoir rencontrer tous les acteurs, y compris les fédérations existantes. J’arrive avec un regard neuf et avec l’avantage de ne pas avoir œuvré dans les 2 fédérations FIDI et CDI-FNAIM. Tout action commune sera bénéfique. Le SIDIANE n’est pas un nouveau petit village gaulois, seul défenseur du monde du diagnostic. Et s’il y a des gens qui souhaitent nous rejoindre, ils sont les bienvenus, quel que soit leur profil.

Les petits cabinets indépendants ont-ils vocation à rejoindre le SIDIANE ?

La majorité des problématiques des diagnostiqueurs ne sont pas liées à la taille de l’entreprise et il serait stupide de dire que le SIDIANE va se battre uniquement pour l’accréditation des entreprises. Ce serait un mauvais combat. Nous allons donc très rapidement ratifier les conditions d’adhésion avec des tarifs adaptés à l’économie de chaque structure.

Que répondez-vous aux critiques qui vous présentent comme les défenseurs d’une certaine idée du diagnostic dictée par une industrialisation des pratiques ?

Nos métiers sont complexes, il s’agit de métiers à risques pour lesquels les entreprises engagent fortement leur responsabilité. L’important est que cette filière poursuivre sur la voie de la professionnalisation. Il faut essayer de mettre en place les conditions d’un développement pour toutes les entreprises quelle que soit leur taille. On constate aujourd’hui qu’il est extrêmement difficile de trouver sur le marché des gens formés et compétents et il est essentiel qu’une vraie réflexion soit menée sur la formation Il n’existe pas de BTS préparant spécifiquement aux métiers du diagnostic. Une structure de 3 personnes qui veut se développer et passer à 5 est fortement pénalisée, soit elle va devoir débaucher chez ses concurrents, avec une surenchère salariale qui n’est pas forcément souhaitable, soit elle va s’orienter vers des jeunes dont elle devra assurer l’accompagnement et la formation. Pour ces petites entreprises, cela n’est pas rentable.


Jean-Christophe Protais en bref

Formé à l’ENS Cachan et agrégé de mécanique, Jean-Christophe Protais rejoint Qualiconsult afin de diversifier l’activité jusqu’alors représentée par le contrôle technique et la coordination SPS. Il participe au développement de Qualiconsult Immobilier, structure spécialisée dans le diagnostic et l’exploitation. À son départ en 2017, Qualiconsult Immobilier comptait 500 personnes et était coleader du marché. Après quelques missions de management de transition, Jean-Christophe Protais, ancien vice-président de la Coprec devenue Filiance, est sollicité par les membres fondateurs de SIDIANE pour prendre la présidence de ce nouveau syndicat. « J’ai toujours considéré qu’il était important, au-delà de défendre sa boutique, d’avoir des fédérations puissantes qui puissent représenter la filière et j’ai donc accepté cette mission ».

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Un commentaire

  • Stéphane DAPREMONT a écrit

    On a bien compris que de créer un syndicat représentant que des très grosses structures servira qu’à créer un lobby puissant allant dans le sens de leurs intérêts. Leur intérêts principal étant de limiter le nombre d’indépendants par ajout de contraintes.
    Donc contraire aux intérêts des odi indépendants n’ayant pas les moyens structurels d’assumer les diverses contraintes administratives qu’on nous rajoute ou complexifie au fil du temps (ex.: pcr, duerp, …)

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