3 QUESTIONS À JEAN-LOUIS KERSAC’H Interview
À la tête d’une agence Diagamter en région parisienne, Jean-Louis Kersac’h fait face à la fois à un marché de la transaction moins dynamique, à des difficultés de recrutement et à une certification de personnes de plus en plus lourde à gérer.. Après un échange direct avec l’ancienne ministre du Logement, il défend une évolution structurante pour la filière : faire de l’entreprise, et non plus seulement du technicien, le véritable pivot de la certification.
Jean-Louis Kersac’h, pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous présenter votre agence Diagamter Suresnes en région parisienne ?
J’ai un parcours plutôt commercial dans le monde du bâtiment. J’ai longtemps travaillé dans les systèmes de chauffage et la vente de produits techniques – pompage, surpression, assainissement… Ça a été une grosse partie de ma vie professionnelle.
À l’approche de la cinquantaine, j’ai eu envie de faire autre chose et, surtout, de ne plus subir. Je me suis donné un an, volontairement, pour réfléchir : qu’est-ce que je peux faire, qu’est-ce que je veux créer pour devenir entrepreneur ? J’ai regardé plusieurs secteurs, et le diagnostic immobilier m’a plu parce que c’est à la fois très technique, dans le bâtiment, et avec une vraie dimension commerciale. C’était exactement le croisement de mon expérience.
La rencontre avec Diagamter s’est faite au salon de la franchise, avec Frédéric Traisnel, un membre du réseau. Son parcours résonnait beaucoup avec le mien. J’ai ensuite comparé plusieurs franchises et j’ai retenu Diagamter pour la qualité des support techniques, marketing et informatiques. Quand on démarre dans ce métier, on a absolument besoin d’être accompagné là-dessus.
Aujourd’hui, mon agence compte cinq techniciens, dont moi, plus une assistante. J’ai conservé mes certifications, même si je produis moins de diagnostics : ça me permet de rester au contact du terrain et de pouvoir intervenir en cas de coup dur ou de besoin ponctuel. Nous intervenons principalement en région parisienne, avec trois grandes familles d’activité : la transaction/location, les missions en copropriété (PPT, DPE collectifs) et l’amiante avant travaux via Aléa Contrôles. Le marché est plus tendu qu’il y a quelques années, mais il reste un vrai potentiel, notamment sur les copropriétés qui ne sont pas encore passées à l’action.
Pour les besoins d’un reportage au moment de l’annonce du plan ministériel de fiabilisation du DPE, vous avez accueilli l’ancienne ministre du Logement, Valérie Létard, sur une mission. Comment avez-vous vécu ce cette expérience et qu’avez-vous voulu lui faire passer comme message ?
J’ai trouvé la ministre très investie. Nous avions rendez-vous en fin d’après-midi, et elle est arrivée une bonne demi-heure en avance. Avant même l’arrivée des journalistes, elle a pris le temps de me poser beaucoup de questions : comment on réalise un diagnostic, quelles sont nos contraintes, comment ça se passe très concrètement.
Ce qui m’a marqué, c’est que, lorsque les journalistes sont arrivés, c’est elle qui a commencé à expliquer le métier et à raconter ce que nous faisons. Au bout de cinq à dix minutes, elle a fini par dire : “Je vais quand même laisser Monsieur le diagnostiqueur expliquer ce qu’il fait.” Elle est restée quasiment une heure avec nous. On sentait qu’elle connaissait bien le dossier.
J’en ai profité pour lui parler du quotidien réel d’une entreprise de diagnostic : la technicité, la responsabilité, mais aussi la lourdeur du dispositif actuel. Tous les ans, nous avons une formation DPE de 7 heures. Sans compter les formations dans chacun des autres domaines. Entre les formations, les contrôles documentaires, les contrôles sur ouvrage, le tutorat, les mises à jour SS4, les habilitations électriques… c’est un casse-tête d’organisation et une perte de production importante. Pendant que le technicien est en formation, il ne produit pas.
Certes les OPCO aident, mais les financements sont loin de couvrir tous les coûts. À la fin, c’est le consommateur qui paye. Je lui ai dit très clairement : il ne faut pas en rajouter, nous n’en pouvons plus. Le système tel qu’il est conçu aujourd’hui est devenu trop lourd pour les entreprises.
La certification d’entreprise, portée par Sidiane, est au cœur des débats. En quoi pourrait-elle répondre, selon vous, aux limites de la certification de personnes ?
Je le dis franchement : la certification de personnes a atteint ses limites. Je ne suis pas une toute petite structure, mais je ne suis pas un grand groupe non plus, et je le vois déjà très bien. Imaginez l’artisan qui n’a qu’un technicien : c’est lui qui porte toutes les mentions, les audits, le fameux bac+3… Si ce technicien s’en va, il ne se passe plus rien. L’entreprise est quasiment à l’arrêt du jour au lendemain.
Or, dans la réalité, c’est l’entreprise qui porte le savoir-faire, les procédures, la qualité, l’organisation. C’est elle qui recrute, qui forme, qui contrôle. Dans beaucoup d’autres secteurs, la logique est celle d’une qualification d’entreprise : on ne bloque pas toute l’activité parce qu’une personne part.
La certification de personnes, telle qu’on la vit aujourd’hui, c’est aussi une sorte d’épée de Damoclès permanente : chaque technicien peut se retrouver ciblé par une surveillance particulière de l’OC, avec un impact direct sur l’activité de l’entreprise. Pour un chef d’entreprise, gérer ça en continu, en plus du reste, c’est très lourd.
Je ne remets pas en cause la nécessité de compétences individuelles ni de formations régulières, au contraire. Mais, pour moi, la bonne échelle de certification, c’est l’entreprise. C’est elle qu’il faut qualifier, auditer, responsabiliser, tout en gardant des exigences de formation pour les personnes. Elle me semble être une alternative crédible et plus cohérente avec le fonctionnement réel de nos structures.
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6 commentaires
c’est le discours récurrent de diagamter qui ne concerne que diagamter.
La certification d’ entreprise = la mort des petits indépendants.
Effectivement, la certification d’entreprise pourrait ramener un peu de responsabilité envers les boites exploitant des odi, mais à la seule condition incontournable qu’elle ne soit imposée qu’à partir du moment où il y a plusieurs salariés, seuil à definir.
Sinon , HORS DE QUESTION de rajouter une couche aux indépendants.
La responsabilité d’une « entreprise » ? … Vous avez la réponse avec l’affaire « Véritas » à Narbonne : 3576 diagnostics vendus au client sans certification …
La responsabilité, ils s’en foutent ! Seul le fric compte !
D’ailleurs rien n’empêche les entreprises de diag de se certifier iso9001par exemple.
La seule phrase à retenir :
« Pendant que le technicien est en formation, il ne produit pas. »
En clair : On s’en fout que vous soyez formés … Produisez !!!
A l’heure où le maitre mot est « uniformisation », il est hors de question que chaque entreprise édicte ses propres règles.