ILS ÉTAIENT AUX ASSISES ET VOICI CE QU’ILS EN ONT PENSÉ Profession
Le jeudi 21 mai, se sont tenues les premières Assises du diagnostic immobilier au ministère de la Ville et du Logement. Environ 120 personnes y ont assisté. Quelles sont leurs premières impressions et qu’en ont-elles retenu ? Nous avons posé la question à cinq d’entre elles.
Hervé (adhérent à l’Alliance du diagnostic immobilier) : « Le premier sentiment que j’ai eu c’est que sans le DPE bashing, on ne serait sans doute pas là, c’est-à-dire qu’il n’y aurait probablement pas les premières Assises et par voie de conséquence des coûts faramineux à supporter sur tout le parcours de certification. L’injonction des pouvoirs publics de dire, mettez-vous d’accord, créez une entité, un comité ou une fédération nationale, j’ai trouvé ça plutôt intéressant. Mais il va falloir déterminer une représentativité la plus objective possible tenant compte des statuts d’indépendants comme celui des salariés qui représentent la majorité silencieuse. Je ne sais pas comment ils vont pouvoir se fédérer autour d’une ou deux entités (à l’instar de la FFB et de la CAPEB) d’ici le 1er janvier 2027. Je regrette aussi que nous n’ayons pas suffisamment abordé le sujet de la reconnaissance, notamment par la défense de la profession alors que la majorité des médias nous discréditent quotidiennement depuis 5 ans sans un véritable travail d’investigation : résultat, des mesures gouvernementales sans concertation mais très coercitives ! À titre personnel je suis pour la formation continue et même pour la surveillance à condition d’être davantage dans l’échange et dans les retours d’expérience. Quant au projet d’une carte professionnelle ou d’une charte de bonne conduite, je doute de son efficacité mais seul l’avenir le dira… »
Olivier Rolina (Légimétrie à Marseille) : « Globalement, c’était bien organisé malgré un temps imparti qui ne permettait pas de répondre à l’ensemble des questions de fond et à tous les maux de la profession. Pour autant, ça a permis de fédérer tous les acteurs et d’avoir en bout de course une feuille de route. Le député Labaronne a fait un super exercice en essayant de mobiliser tout le monde autour d’un quasi-ordre. Ça a plus ou moins fait consensus, forcément, car il y a des disparités qui sont évidentes, entre quelqu’un qui fait des diagnostics vente, quelqu’un qui fait de l’avant-travaux, qui fait du navire…, le métier n’est évidemment pas le même. En revanche, ce qui m’a interpellé, c’est qu’on a très peu parlé des prix. On nous dit qu’il manque 10 000 diagnostiqueurs et qu’un cycle de certification coûte 37 000 euros. Pourquoi on ne réattribue pas ce montant en amont pour financer des formations meilleures et la montée en compétences ? Pour former les gens, il faut qu’on ait des moyens. Mais aujourd’hui, avec les prix pratiqués dans le diagnostic, c’est juste impossible de consacrer des journées à la formation. Il faut arrêter de faire croire en centre de formation, que c’est un métier où on gagne facilement sa vie. Ce n’est pas vrai. Sur le terrain, les diagnostiqueurs sont épuisés. Avec des prix revalorisés, on pourrait mieux, former, mieux rémunérer et garder les personnes en structurant les entreprises et en proposant des postes intéressants. Enfin, les pouvoirs publics devraient nous donner un coup de main pour expliquer notre métier et nos missions, aussi bien pour l’attractivité auprès des jeunes que pour redorer notre image. »
Jocelyn Bouillon (Greendiag dans les Hauts-de-Seine, adhérent Fed Experts) : « C’est une bonne chose que les pouvoirs publics s’emparent du sujet. Tout ce qui contribue à structurer la filière, renforcer la valeur de notre métier et asseoir sa crédibilité va dans le bon sens. En revanche, je reste vigilant sur le risque d’ajouter de nouvelles contraintes alors que les règles existantes mériteraient déjà d’être pleinement appliquées. L’enjeu, aujourd’hui, est autant celui de l’efficacité que celui de la réglementation. Des outils comme la géolocalisation peuvent participer à assainir le secteur et à renforcer la transparence, à condition que cela ne génère pas de coûts supplémentaires trop lourds pour les diagnostiqueurs indépendants. Sinon, ces charges finiront inévitablement par être répercutées, directement ou indirectement, sur les clients. Il est essentiel que le métier reste attractif et économiquement viable. Beaucoup de professionnels exercent aujourd’hui avec une forte pression, notamment liée aux contrôles de surveillance, dont les conséquences peuvent être extrêmement lourdes pour une activité indépendante. Au-delà des débats sur la création d’un ordre ou d’une fédération plus structurée, la profession a surtout besoin d’un véritable équilibre dans sa gouvernance et d’un contre-pouvoir capable de représenter les diagnostiqueurs. Globalement, les signaux envoyés sont encourageants. Reste maintenant à voir si les échéances politiques permettront de faire aboutir des mesures concrètes d’ici 2027. »
Priscilla Petinga (société Dacq’air à Lyon, adhérente à l’Alliance du diagnostic immobilier) : « Tous les points n’ont pas été abordés. On a surtout parlé de la formation initiale qui est moins impactante sur le métier au quotidien que la formation continue. Et on n’a pas demandé l’avis des diagnostiqueurs qui peuvent proposer des solutions, parce qu’il en existe. Je n’ai pas forcément besoin qu’on m’impose des formations organisées sous un format bien défini et qui ne seront pas adaptées à mes besoins, mes faiblesses. Ce qui est positif, c’est que beaucoup font le constat que les formations sont encore très éloignées du terrain. Sur la seconde table ronde, il n’y avait pas non plus de diagnostiqueurs indépendants, mais seulement la vision des grosses structures. Les impacts des contrôles au niveau des diagnostiqueurs et du métier n’ont pas été évalués. Est-ce vraiment les meilleurs KPI ou les meilleures façons de faire pour contrer la fraude ? Car aujourd’hui, on est plus en train de faire du mal aux gens qui essayent de faire bien et qui financièrement n’arrivent plus à s’en sortir que vraiment d’éliminer les fraudeurs. Enfin, j’ai apprécié le soutien du député Daniel Labaronne par rapport à la mise en œuvre d’un quasi-ordre et à la prise en compte des votes de tous les diagnostiqueurs, même si j’ai été étonnée de voir que cela gênait certains représentants. Enfin, j’aurais aimé que soit aussi abordée la position des femmes dans ce métier, notamment sur des sujets comme le congé maternité et le maintien des certifications. »
Seydi Eren (cofondateur de Diagadom et du Centre F) : « J’espérais que ce ne soit pas un moment durant lequel on écoute des gens parler sans participation et, malheureusement, c’est ce qui s’est passé. Dans l’idéal, j’aurais vu plusieurs groupes de travail, avec un débrief collectif pour conclure. Mais je ressors du positif, il y a eu un vrai événement sur les diagnostics immobilier pour échanger et faire avancer le métier. Il y avait quand même des acteurs de la filière, le Cofrac, les certificateurs…, même si cela manquait de diagnostiqueurs terrain. Après, je ne sais pas si ça aurait été constructif, si on avait mis beaucoup de diagnostiqueurs terrain, car c’est souvent fait dans un esprit de contestation. C’est vrai qu’il y a un ras-le-bol, mais ce n’est pas en criant qu’on va se faire entendre. Il faut arrêter de se victimiser et venir avec des vraies solutions. Nous existons grâce à ce système. Il faut des contrôles parce que nous sommes un métier réglementé. À nous de faire le travail, de nous réunir et de porter la voix des diagnostiqueurs, comme cela a été dit lors de la dernière table ronde. »
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