FEMMES DANS LE DIAGNOSTIC IMMOBILIER : 5 CLICHÉS QUI ONT ENCORE LA VIE DURE Profession

Publié le par Andréa Devulder

De plus en plus de femmes se lancent dans le métier, mais sur le terrain, certaines continuent pourtant de faire face à des préjugés et des contraintes. Maternité, matériel, sécurité ou regard des clients … Sarah Laurent, diagnostiqueuse à Vichy, a lancé le « Cercle des diagnostiqueuses » début septembre, un groupe WhatsApp destiné à permettre aux professionnelles d’échanger sur ces problématiques. 

  1. « Le diagnostic immobilier, c’est un métier d’homme »

Pour Sarah Laurent, cette représentation n’a plus lieu d’être. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à se former, mais « on est peu de femmes dans le métier. Elles commencent à arriver de plus en plus, mais je me suis rendu compte par mon expérience professionnelle qu’on avait des problèmes dans ce métier qui n’étaient pas les mêmes que les hommes. » Une réalité qui l’a poussée à créer le « Cercle des diagnostiqueuses », lancé début septembre sur WhatsApp. « Je me suis dit que c’était dommage qu’il n’existe pas quelque chose comme ça. » Le groupe compte déjà plus d’une trentaine de femmes. « Je reçois plein de messages privés pour me remercier et me dire qu’elles auraient aimé que ce groupe existe il y a vingt ans. On a une légitimité et je ne supporte pas que ces femmes puissent remettre en cause leurs compétences. Elles ont passé leurs certifs comme des hommes. » 

  1. « Une femme ne peut pas gérer les contraintes physiques du terrain »

Le diagnostic immobilier est un métier de terrain. Il faut se déplacer, transporter du matériel, manipuler des échelles, accéder à des combles, des caves ou des espaces parfois difficiles. Sarah Laurent connaît bien ces contraintes : « Je fais 1,60 m. Certains équipements sont lourds et pas forcément pratiques à manipuler seule. » Mais pour elle, la question ne doit surtout pas devenir : une femme est-elle capable de faire ce métier ? La véritable question est plutôt celle de l’évolution du matériel professionnel. « Pourquoi ne pas réfléchir à des échelles plus légères, du matériel plus compact, plus ergonomique et plus facilement transportable ? Ce serait utile aux femmes, mais aussi aux hommes, notamment avec l’âge ou lorsqu’on exerce pendant vingt ou trente ans. » La féminisation du métier peut ainsi contribuer à faire évoluer certaines habitudes et à repenser l’ergonomie du matériel. « Pendant longtemps, ces questions étaient moins visibles parce qu’il y avait très peu de femmes. Et finalement, améliorer les conditions de travail des femmes peut améliorer celles de tout le monde. » 

  1. « Sur le terrain, les contraintes sont les mêmes pour tout le monde »

Le métier reste le même, mais certaines situations peuvent être vécues différemment. Les diagnostiqueuses passent parfois des journées entières sur la route et enchaînent les interventions, aussi bien dans des logements inhabités que chez des particuliers. L’accès aux sanitaires peut notamment devenir une difficulté au cours d’une longue journée de travail. La sécurité est également un sujet régulièrement évoqué entre consœurs. Une diagnostiqueuse peut être amenée à intervenir seule dans une maison isolée, une cave, un bâtiment vacant ou encore chez un particulier qu’elle ne connaît pas. Ce sont des situations qui nécessitent parfois de mettre en place quelques précautions supplémentaires. « Pour ma part, j’ai notamment mis en place un système de géolocalisation avec mon mari. Ce n’est pas parce que je considère que je suis plus exposée qu’une autre personne, mais simplement parce que lorsque l’on travaille seule sur le terrain, on peut avoir un accident, faire une chute ou rencontrer une situation imprévue. Dans ce cas, savoir où je me trouve peut être rassurant et utile. » Pour Sarah Laurent, parler de ces sujets n’a rien à voir avec le fait de considérer les femmes comme plus fragiles : « Nous sommes parfaitement capables de faire le même travail, avec les mêmes exigences et les mêmes responsabilités. Mais certaines situations peuvent être davantage ressenties ou exprimées par les femmes, et je pense qu’il faut pouvoir en parler librement. La sécurité concerne tout le monde. L’objectif est simplement de partager nos expériences et de réfléchir collectivement à de meilleures conditions d’exercice. »

  1. « Les clients ne font plus de différence entre un homme et une femme »

Même si les mentalités évoluent, Sarah Laurent constate que certains préjugés restent encore présents. « Il m’est déjà arrivé que des interventions soient refusées simplement parce que le client avait appris qu’il allait avoir affaire à une femme. Dans ces situations, on peut avoir le sentiment de devoir davantage démontrer ses compétences et être particulièrement sûre de soi. » Mais l’expérience inverse existe également. « Certains clients apprécient justement d’avoir affaire à une diagnostiqueuse. Les perceptions sont donc très différentes d’une personne à l’autre. » Pour Sarah Laurent, l’essentiel est finalement que chacune puisse trouver sa place dans le métier, sans que son genre ne soit un critère. « Nous faisons exactement le même métier, avec les mêmes formations, les mêmes certifications et les mêmes exigences. Une femme n’a pas à prouver davantage sa légitimité qu’un homme : elle doit simplement pouvoir exercer son métier et être jugée sur la qualité de son travail. » 

  1. « La maternité ne change rien à l’exercice du métier »

Entre les déplacements, les interventions sur le terrain, la gestion d’une entreprise et les obligations liées aux certifications, une grossesse puis l’arrivée d’un enfant peuvent être difficiles à concilier avec les exigences du métier. C’est notamment le cas pour les professionnelles qui exercent à leur compte et qui doivent continuer à gérer leur activité tout en faisant face aux contraintes liées à leur grossesse et à leur vie de famille. « Le fonctionnement du contrôle des certifications pourrait, selon moi, être davantage adapté aux périodes de maternité. Lorsqu’une professionnelle cesse temporairement son activité pour une grossesse ou pour s’occuper de son jeune enfant, il serait logique que le système puisse tenir compte de cette interruption. Pourquoi ne pas envisager une suspension plus longue du contrôle, par exemple jusqu’aux trois ans de l’enfant ? » Si une professionnelle ne travaille pas pendant une période donnée, notamment pour une maternité, il lui paraît ainsi cohérent que les obligations liées au contrôle de certification puissent être adaptées. « Cela permettrait aux femmes de pouvoir interrompre temporairement leur activité sans avoir le sentiment d’être pénalisées », conclut-elle. 

Vous souhaitez rejoindre le groupe Whatsapp ? Contactez Sarah Laurent sur LinkedIn ou la FNDI sur Facebook via un MP.

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