YANNICK AINOUCHE (CDI FNAIM) : « IL Y EN A ASSEZ DE VOIR LES PRIX SE DÉGRADER DANS NOTRE MÉTIER » Profession

Y. Ainouche à la présidence de la CDI-FNAIM
Publié le par Mathias LOVAGLIO

À l’occasion de sa prise de fonction à la présidence de la Chambre des diagnostiqueurs immobiliers de la FNAIM, Yannick Ainouche dresse pour Diagactu la feuille de route des premiers mois de son mandat. La revalorisation des tarifs et la poursuite de la structuration de la filière sont au cœur des préoccupations de la nouvelle équipe.

Quel est votre état d’esprit à l’heure de prendre vos fonctions à la présidence de la CDI-FNAIM ?

Je ressens une grande fierté de représenter notre filière. Mais c’est aussi une grande responsabilité car notre métier, qui est encore jeune, est en passe de devenir une profession centrale au sein de l’immobilier et du bâtiment. Ce sont les diagnostiqueurs qui donnent la première information en matière de connaissance du bien. Sans nous, la loi Energie et Climat n’a pas de sens puisque nous sommes la profession la plus à même de donner une visibilité sur la performance énergétique d’un bien, les travaux qu’il faut entreprendre et les économies engendrées. Aujourd’hui, les diagnostiqueurs sont attendus sur leur capacité à être des tiers de confiance pertinents, responsables et surtout le bras armé de la politique publique en matière d’énergie. Je rappelle que les diagnostiqueurs réalisent près de 50 000 DPE par semaine et que ce diagnostic est devenu un élément central de la réflexion dans l’acte d’acquisition ou de location. L’étude de SeLoger* le démontre : 81% des acheteurs portent désormais une attention toute particulière au DPE. Au même titre que l’emplacement, il s’est imposé comme un marqueur central dans les choix d’investissement.

Certes, le démarrage du nouveau DPE a été très dur car le moteur de calcul n’était pas stabilisé. Depuis, la profession a remonté beaucoup d’informations sur ses dysfonctionnements et aujourd’hui le moteur de calcul est stabilisé et fonctionne. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage à Thierry Marchand et à la précédente équipe qui ont effectué un travail formidable en termes d’accompagnement des pouvoirs publics sur la réforme du DPE. Maintenant c’est dans la méthodologie des logiciels métier qu’il faut encore améliorer notre mode opératoire.

Ces écueils dans la méthodologie du DPE ont d’ailleurs été relevés dans une enquête parue en juin dernier dans 60 millions de consommateurs. Quelles pistes envisagez-vous pour y remédier ?

Tout d’abord, concernant l’article de 60 millions de consommateurs, nous n’avons pas eu de droit à une réponse. Deuxièmement, nous ne savons pas dans quelles conditions a été réalisée cette enquête. Enfin, la notion de prix n’est pas évoquée par le magazine. Ce que l’on sait en revanche, c’est que les échantillons ne sont pas identiques pour plusieurs raisons : des mauvaises pratiques de certains professionnels, des lacunes dans la formation, un problème d’information dans la méthodologie du DPE. Nous devons donc continuer à faire des propositions pour que cette méthodologie soit rendue plus cohérente et plus homogène. Cependant, quand nous ne disposons pas des informations, nous devons renseigner des paramètres par défaut qui dégradent la note. Il ne faut pas imputer la seule responsabilité au diagnostiqueur, mais aussi aux clients qui ne transmettent pas toujours les informations nécessaires. Par ailleurs, les erreurs relèvent souvent de la négligence due à un manque de temps. Il serait bon que l’on sache ce que l’on veut : un DPE, une estimation à un prix raisonnable, ou une vraie étude thermique, mais dans ce cas les pouvoirs publics et les consommateurs doivent accepter de payer davantage.

Parmi les sujets de votre feuille de route, la certification d’entreprises apparait en bonne place. Pourquoi vous parait-elle pertinente dans le contexte actuel ?

Je tiens d’abord à préciser que je ne veux en aucun cas faire disparaitre la certification de personnes qui est une spécificité de notre métier. Mais aujourd’hui, nous constatons qu’il manque environ 2 000 professionnels dans la filière pour répondre aux exigences de notre marché, qui est un marché réglementaire et donc obligatoire. Il me parait indispensable que l’on puisse proposer aux grandes entreprises de notre filière, celles qui ont plusieurs dizaines de salariés, de pouvoir générer leur propre mode opératoire, sous accréditation Cofrac par exemple, afin d’avancer plus vite en termes de recrutement.

Pour remédier à ce déficit d’effectif, ne faudrait-il pas également renforcer l’attractivité de la filière ?

Tout à fait. En premier lieu, il faut promouvoir notre métier qui demeure peu connu malgré qu’il soit attractif, intéressant et innovant. Il faut également faire savoir que nous avons des postes non pourvus. Aujourd’hui, chaque entreprise communique de son côté. Ce n’est pas suffisant et il faut nous tourner vers d’autres acteurs comme les Job boards, les plateformes de formation, etc.

« Il nous manque une véritable branche professionnelle des diagnostiqueurs immobiliers »

Mais le principal sujet est d’ordre financier : comment permettre aux personnes intéressées de financer leurs formations ? Ce qu’il nous manque, c’est une véritable branche professionnelle dédiée aux diagnostiqueurs immobiliers qui permettrait de mettre en place un système de collecte et de gestion des budgets de formation au sein de la filière. Il est peut-être temps de créer cette branche professionnelle, avec une convention collective, mais aussi des diplômes de diagnostiqueur immobilier, afin d’avoir une filière professionnelle clairement identifiée.

Envisagez-vous de vous concerter sur ces sujets avec les autres organisations professionnelles ?

Je suis très favorable à une intersyndicale, notamment avec nos amis de la FIDI et de LDI avec qui nous partageons le même ADN et avec qui nous souhaitons travailler sur des problématiques liées aux assurances, à la formation et à l’employabilité. Mais il y a un autre sujet qui m’interpelle également. Je souhaite proposer à nos confrères qui ne sont pas à la CDI-FNAIM de travailler sur la politique tarifaire de la filière. Je le dis clairement : il y en a assez de voir les prix se dégrader dans notre métier. Nous ne sommes pas la dernière roue du carrosse de la filière immobilière. Il faut absolument que l’on travaille sur l’augmentation de nos tarifs avec pourquoi pas des prix « plancher » en mettant en avant la formation, la certification, la qualité et la réactivité qu’exige notre métier.

L’une des conséquences directes de cette dégradation de la tarification est l’augmentation de la sinistralité. Nos clients nous demandent de travailler vite et pas cher alors qu’il nous faut du temps pour éviter les erreurs. Il faut que notre filière puisse faire ses missions avec toute la minutie requise et qu’elle soit payée en conséquence. Nous ne pouvons pas faire 5 missions en une journée sans nous exposer.

Quelles seront les grandes lignes de la gouvernance sous votre présidence ?

Je souhaite une présidence collaborative et collégiale, structurée autour des 11 administrateurs, chacun avec des fonctions très précises, pour insuffler une dynamique encore plus forte qu’auparavant. Notre séminaire de rentrée avec le nouveau conseil d’administration est prévu fin septembre et nous allons très vite avancer et faire des propositions à l’ensemble de nos confrères. J’invite d’ailleurs les diagnostiqueurs à nous rejoindre la CDI FNAIM pour apporter leur contribution, leur vision et leur regard sur le marché et donner ainsi plus d’ampleur à notre action.

*étude réalisée par OpinionWay pour le compte de SeLoger du 22 février au 9 mars 2022

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2 commentaires

  • Stéphane DAPREMONT a écrit

    Il ne faudra pas oublier d’exonérer les odi indépendants de l’obligation de certifier leur entreprise car il me semble qu’ils supportent suffisamment de nombreuses autres obligations lourdes à gérer lorsqu’on est indépendant.
    Ceci afin d’éviter, encore, de subir une obligation inutile mais servant uniquement à favoriser les grosses structures. Cette obligation peut effectivement être utile pour contrôler un peu mieux les exploiteurs de certification d’odi, qui en tire profit, sans autre risque que de faire jouer leur assureur.

  • Regis REYNAUD a écrit

    Bonjour, enfin un discours et des intentions en espérant que cela fasse avancer les choses !! Il est même étonnant que celà vienne de la FNAIM
    mais tant mieux et pourquoi pas !!
    Car le vrai problème des tarifs vient des majors de l’immobilier qui se comportent comme des acheteurs de grande distribution avec contrat d’engagement et évidemment des prix extrêmement bas ne permettant pas de faire le job correctement !!
    Il est temps en effet de refuser ces conditions de prix et de dépendance !! et il faut que les fédérations nous aident !! même si ces majors sont membre de la FNAIM 😉
    Je tente de lutter au quotidien contre cette situation car cela dégrade l’image globale de la profession et engendre les problèmes évoqués
    Alors… à l’aide !!

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