FAUT-IL CHANGER LE NOM DE “DIAGNOSTIQUEUR IMMOBILIER” ? Profession
Le débat traverse aujourd’hui la profession : l’appellation de » diagnostiqueur immobilier » est-elle encore en phase avec la réalité du métier ?
La question du nom des diagnostiqueurs immobiliers refait surface à la faveur du rapport rédigé par Daniel Labaronne sur la pertinence de créer un ordre professionnel. Parmi ses pistes, le député évoque un changement de dénomination. Une idée qui soulève une interrogation plus large : changer de nom permettra-t-il d’effacer les frasques de certains diagnostiqueurs et de repartir de zéro ? Dans un contexte où le diagnostic de performance énergétique (DPE) est devenu opposable, Daniel Labaronne rappelle le poids croissant de la profession : « Le DPE engage la responsabilité du diagnostiqueur et influence directement la valeur et l’usage des biens immobiliers ». Pourtant, malgré « ce rôle central », il pointe des failles : « Les dispositifs de contrôle et de sanction restent insuffisants » et « les fraudes constatées mettent en lumière des fragilités structurelles ». Une partie de sa réponse consiste à structurer davantage la filière et à rehausser son image. Il propose ainsi la création du titre « Expert en diagnostics immobiliers certifié » (EDIC). Ce titre permettrait, selon lui, de valoriser les compétences techniques des diagnostiqueurs, de distinguer les professionnels certifiés des pratiques non encadrées et de renforcer la confiance des consommateurs et des pouvoirs publics dans une profession ainsi dotée d’une légitimité institutionnelle accrue. Une manière d’afficher une rupture symbolique et de restaurer la crédibilité.
Un nouveau nom suffit-il à tourner la page ?
Mais cette stratégie interroge. Pour Stève Duchêne, consultant en méthode diagnostic, le problème dépasse largement la communication, il s’agirait même d’une incohérence pour le transactionnel. Il met en lumière ce décalage : « C’est la seule profession qui s’appelle diagnostiqueur, alors que les actes ne sont pas qualifiés de diagnostics ». Plus encore, il estime que le terme “diagnostic” est en partie trompeur et peut même se révéler être un piège sur le plan juridique : « Dans le cas du diagnostic immobilier, le terme est là, mais clairement le concept n’y est pas. Un diagnostic doit être capable de révéler des causes invisibles, à l’image d’un médecin généraliste qui cherche la cause d’un mal. Ce qui peut amener les clients finalement à être déçus et peut-être plus procéduriers car ils peuvent estimer que ces diagnostics transactionnels ne leur apportent pas plus d’informations que ce qu’ils savent déjà ». La pratique relèverait davantage « du métier de contrôles, d’audits ». À l’inverse, « un diagnostic structurel, par exemple, cherche à interpréter des signes visibles, comme une fissure, pour en identifier une cause non directement observable, issue d’un problème de fondations ou de dilatation : une démarche qui correspond davantage à la définition même du diagnostic ». Dès lors, changer de nom sans faire évoluer les pratiques pourrait entretenir l’ambiguïté. « Soit la terminologie change pour être plus réaliste, soit il faut faire autre chose que du contrôle, c’est-à-dire réellement du diagnostic », tranche-t-il.
Simple choix des mots ou croisée des chemins, le débat est ouvert et se prolongera mercredi 29 avril à 12h30 sur Discord (dans le salon vocal « Réagissez en direct ! », (retrouvez ici le mode d’emploi pour nous rejoindre sur Discord), en compagnie de Maître François-Xavier De Angelis, avocat associé au cabinet De Angelis et associés. Il y évoquera les conséquences juridiques d’un potentiel changement de dénomination et le débat sera ensuite ouvert à tous !
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