LE PRIX D’UN DPE EST-IL UN GAGE DE QUALITÉ ? Profession
Suite à la publication d’un communiqué de presse dans lequel Fed experts prône l’intégration d’un nouvel indicateur KPI dit « économique », en somme basé sur le prix, faut-il penser que le prix d’un DPE est un facteur de qualité ? On vous a posé la question !
Thierry Basso, RDI Basso, Saint-Tropez
« On pourrait penser que oui : le prix est un gage de qualité, en imaginant que, si le prix du DPE est élevé, cela signifie que le diagnostiqueur passe du temps sur site et se montre pointilleux dans son rapport. Mais je constate que c’est du cas par cas : tout dépend du sérieux et de l’intégrité du technicien. Je ne pense pas que cet indicateur soit pertinent. Certains confrères, dans mon secteur, sont plus chers que moi et d’autres moins. Pour autant, je ne sais pas comment ils travaillent. Cela fait 20 ans que j’exerce ce métier et mes prix n’ont pas vraiment augmenté ; le prix n’est donc pas une preuve de qualité. »
Gilles Roujas, EDI expertises, Toulouse
« Le prix du DPE ne devrait pas devenir un indicateur. Ce serait difficile à mettre en place, car comment trouver un tarif national qui s’applique en région, alors que c’est très aléatoire ? Je n’applique pas les mêmes tarifs à Toulouse qu’à 70 kilomètres de là, en campagne, par exemple. Je sais que, là-bas, je ne peux pas demander le même tarif, car le niveau de vie y est plus faible. Le prix ne fait vraiment pas la qualité, surtout quand je vois de nouveaux entrants casser les prix pour essayer de trouver des clients et réussir à payer les CSO et les contrôles documentaires liés à la certification. Pour moi, la qualité se prouve justement par la réussite de ces contrôles, car ils se sont durcis et, si l’on ne fait pas bien le travail, on est pénalisé. De 2008 à aujourd’hui, le prix d’un DPE est passé de 95 à 145 euros. Je suis indépendant et je constate qu’il a évolué parce que nous devons passer plus de temps sur le terrain. L’exigence est plus forte, c’est tout. »
Marco Cirri, Montpellier
« Y a-t-il un intérêt à mettre en place cet indicateur ? Je dirais que tout dépend, finalement, des diagnostiqueurs et du type de structure. J’ai, par exemple, commencé en septembre 2024 sous la forme d’une auto-entreprise et je ne paie pas la TVA, contrairement à une SARL ; cela peut donc jouer aussi. Ce n’est pas le prix qui devrait être pris en compte, mais le temps passé sur place. Le prix ne fait pas le bon ou le mauvais diagnostiqueur. Si cet indicateur plaçait le curseur à 50 euros, cela pourrait aussi tuer le marché. Certains sont moins chers et pourtant très bons. De toute manière, les tarifs sont libres et je constate que les clients cherchent toujours le prix le plus bas. C’est une réalité. J’ai tout de même augmenté le prix du DPE d’une dizaine d’euros dernièrement, en raison de l’augmentation de la cotisation d’assurance et pour couvrir mes frais de déplacement liés à la hausse du prix de l’essence. S’il devait y avoir un nouvel indicateur KPI, il devrait porter sur le temps passé sur le terrain. Si le diagnostiqueur reste 30 minutes, ce n’est pas bon signe. »
Philippe Aillard, Activ’Expertise Saint-Brieuc
« Selon moi, le prix du DPE dépend de la typologie du bien, de sa surface et des informations que le propriétaire est en mesure de nous fournir, ou non. Le devis en tient compte, car on sait, par exemple, que pour une maison d’avant 1948, on passera plus de temps. Le temps passé joue sur la facturation, mais il n’y a pas que cela, car j’estime que tous mes DPE sont de bonne qualité. Je suis absolument contre l’indicateur prix, car chaque mission est différente, notamment selon les régions. Dans les Côtes-d’Armor, on trouve beaucoup plus de maisons anciennes, des néo-bretonnes avec des triangulations, etc. On ne peut pas comparer ce type de mission à des constructions neuves des années 2000, pour lesquelles le DPE est plus simple et moins long. Il faut tenir compte de ces différences. Mettre en place un indicateur fondé sur les surfaces inspectées ne serait pas non plus une bonne idée. Pour le DPE, on ne peut pas faire de généralités. »
Christèle Beaugé, Arliane Rennes/Saint Malo
« Le prix d’un DPE ne fait pas la qualité du DPE. Selon moi, il y a deux types de diagnostiqueurs : les grosses boutiques, et ils font faire 5, 6 DPE par jour avec des petits prix car les syndics veulent juste le document et c’est tout. Elles fonctionnent comme la grande distribution en faisant leur marge sur le chiffre d’affaires mais vont donc exiger du volume pour y arriver. Et les petites sociétés ou les solos, qui pratiquent des prix plus élevés, en raison notamment des charges. Il ne faut pas se mentir, le travail est mieux fait. Il faut se méfier de la qualité du travail quand on propose un prix trop bas. À l’inverse, récemment des clients ont choisi de payer un DPE 35 % plus cher que celui que je vends et ils se sont fait avoir. On ne doit pas mettre en place des KPI « économiques », on ne le fait pas avec les honoraires des agents immobiliers ou les devis des artisans donc pourquoi avec nous ? Si tous les diagnostiqueurs travaillaient de la même façon, qualitativement, on pourrait y penser, mais ce n’est pas le cas pour un petit pourcentage. »
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