LA PROFESSION DE DIAGNOSTIQUEUR, « LE RÈGNE DU CHACUN POUR SOI » Technique

Publié le par Alain
LA PROFESSION DE DIAGNOSTIQUEUR, « LE RÈGNE DU CHACUN POUR SOI » Technique

Le constat du manque de solidarité et de l’absence d’esprit de corps dans le métier de diagnostiqueur immobilier n’est pas nouveau. Quelles en sont les causes et comment y remédier ?

 

En décembre 2017, une étude de l’OPIIEC sur les métiers du diagnostic immobilier dressait le constat d’une profession manquant d’esprit de corps, qu’il s’agisse des relations entre diagnostiqueurs, de l’intégration dans une profession structurée ou d’un accompagnement professionnel tout au long de la carrière. Comment ce manque d’esprit de corps, c’est-à-dire de solidarité entre ses membres et d’un sentiment d’appartenance, se traduit-il au quotidien ? Quelles en sont les causes et comment y remédier ? DiagActu a sollicité l’avis de trois acteurs du diagnostic immobilier : Pierre-Yves Sachot, diagnostiqueur indépendant à Orléans (cabinet House Mesures & Diagnostics), Guy Depresle, président du réseau LD2i, et Benjamin Frachon, responsable technique chez LCC Qualixpert (organisme de certification).


Un constat partagé, de la base…


« Même si certains (principalement indépendants) ont des relations plus que cordiales, […] il est évident, sur le terrain, de voir que c’est un peu la « guerre » : concurrence effrénée, dénigrement, etc. Dès qu’on peut en descendre un, c’est la ruée ! » note Pierre-Yves Sachot. Un avis confirmé par Guy Depresle : « C’est chacun pour soi ! Dans les réseaux, il y a un sentiment d’appartenance à l’enseigne et un échange entre les adhérents, mais en dehors de ça, il n’y a pas grand-chose ! Si la concurrence sur le terrain n’empêche pas que le respect s’installe avec le temps, d’autres n’en ont rien à faire parce qu’aujourd’hui le métier de diagnostiqueur est encore vendu comme un eldorado. Beaucoup de personnes sont malheureusement encore prêtes à faire n’importe quoi, à dénigrer pour récupérer le moindre contrat. Ce que la plupart n’ont pas encore compris, c’est que l’intérêt unique et commun à tous c’est le client ».


Benjamin Frachon pointe une mauvaise structuration du métier qui accentue « les pratiques concurrentielles déloyales qui existent dans tous les métiers. En marge des problèmes de concurrence, il y a aussi des problématiques métier et techniques. Il y a un moment où le diagnostiqueur devrait arrêter de vendre du prix pour vendre de la qualité dans son argumentaire commercial ».


« On nous a collé une étiquette de commerçant ! » conclut ainsi Pierre-Yves Sachot pour qui « nous avons un métier proche de l’expertise, avec les nécessités d’indépendance et de probité qui vont avec. Or, on se retrouve à marchander le bout de gras face à des gens qui ne sont là que pour vendre de la paperasse. »


…aux instances représentatives !


Cette réalité d’un manque de solidarité et d’appartenance à la profession se traduit également à tous les échelons de la profession. Guy Depresle l’affirme « On le voit déjà avec la guerre entre les syndicats qui ne communiquent pas entre eux. S’il n’y a pas de cohésion dans les fédérations, difficile ensuite d’avoir une cohésion descendante ». « Au début, il y a eu le problème de l’absence d’unité des instances représentatives. Difficile ensuite que la base suive. En plus, les diagnostiqueurs n’ont jamais été mis en confiance pour aller là-dedans » renchérit Benjamin Frachon. Dans l’esprit de beaucoup de diagnostiqueurs, ces instances représentatives suscitent la suspicion quant à leur probité.


Cette absence d’unité et de concertation entre les instances représentatives limite inéluctablement leur poids pour peser dans les décisions. Pour Guy Depresle, « Ce qui est catastrophique, c’est que les fédérations ont moins de pouvoirs qu’une enseigne. Une enseigne parvient à obtenir plus des Pouvoirs publics qu’une fédération ». Le rôle d’une fédération est aussi de susciter l’échange entre les professionnels surtout dans « une profession déjà individualiste au maximum avec une guerre entre les enseignes et parfois entre les diagnostiqueurs ».


Comment forger un esprit de corps au sein de la profession ?


Pour nos interlocuteurs, c’est du haut que viendra le salut. Guy Depresle prône « une meilleure cohésion au sein des fédérations pour commencer. Il faut essayer de fédérer en ayant une ouverture d’esprit plus importante. ». Des fédérations exemplaires et unies donc !


Et les raisons de se réunir existent pour Benjamin Frachon. « Aujourd’hui ce qu’il manque aux diagnostiqueurs, c’est de se regrouper dans une cause commune qui soit constructive. On a l’impression que quand les gens se rassemblent, c’est plus pour démolir que pour construire. L’ensemble des acteurs de la filière (OC, OF, fédérations et diagnostiqueurs) ne se parlent pas entre eux. » Et il n’exonère pas les diagnostiqueurs immobiliers ces derniers de leur responsabilité dans la situation actuelle : « Si déjà les diagnostiqueurs étaient solidaires, peut-être qu’on pourrait faire avancer les choses. La situation actuelle, le diagnostiqueur y a contribué. Oui il subit, mais aussi parce qu’il l’a bien voulu. » Il note tout de même de notables améliorations dans les mentalités ces dernières années : « J’ai le sentiment qu’on a moins de gens aujourd’hui qui sont vent debout contre tout qu’il y a quelques années. La majorité de nos certifiés sont des gens de bonne volonté qui veulent faire en sorte que tout se passe bien. »


Quant à Pierre-Yves Sachot, il se montre plus radical encore en réclamant l’instauration d’un Ordre des diagnostiqueurs immobiliers :  « Les différentes « fédérations », « syndicats » ou autres qui se targuent de nous représenter depuis des années ont montré leurs limites. Si on veut (re)trouver une certaine solidarité au sein de la profession, il va falloir sortir des impératifs de « compétitivité », et donc du modèle « commerçant ». Nous avons tous les attributs d’une profession libérale, nous devrions en avoir le statut. »

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