LES PASSOIRES ÉNERGÉTIQUES SURREPRÉSENTÉES PARMI LES FOYERS MODESTES, LE PARC LOCATIF PRIVÉ ET LES PETITES SURFACES Technique

Passoires énergétiques
Publié le par Mathias LOVAGLIO

Un article du Figaro Immobilier paru le 3 mars explique que « Les passoires thermiques sont surtout habitées par des foyers à hauts revenus ». Il s’appuie sur une analyse des données recueilles auprès de l’Observatoire National de la Rénovation Énergétique (ONRE) par Effy, société spécialisée dans l’accompagnement des travaux de rénovation énergétique, et entend « tordre le cou aux idées reçues » sur les passoires thermiques. Si les conclusions ne sont pas nécessairement erronées, elles sont cependant parfois hâtives et méritent de se pencher plus en profondeur sur les chiffres. Car ici, tout est question d’interprétation et de ce que l’on veut bien faire dire à ces statistiques.

D’où viennent ces statistiques ?
Aucune précision n’est communiquée sur le panel de DPE commenté dans l’article. En consultant le site du ministère de l’écologie, il est cependant possible d’accéder aux données de l’ONRE. Ces chiffres datent du 1er janvier 2018 et concernent les résidences principales en France Métropolitaine. C’est pourquoi, l’article évoque le nombre de 4,8 millions de passoires énergétiques qui parait désormais obsolète depuis l’entrée en vigueur du nouveau DPE. L’analyse que nous pouvons en tirer n’est donc qu’un état des lieux d’une situation antérieure et révolue. Un chiffre est cependant essentiel pour analyser et interpréter toutes les autres données : en 2018, 16,72% des DPE aboutissaient à une étiquette F ou G.

Répartition des passoires thermiques par statut d’occupation
Ces données indiquent que 58% des passoires thermiques sont occupées par leur propriétaire, alors que l’on a tendance à considérer qu’elles sont plus nombreuses dans le parc locatif. Mais, il convient de pousser un peu plus l’analyse en comparant cette proportion avec les chiffres globaux du parc de logements en France.

Chiffres INSEE 2021 Panel DPE 2018 de l’ONRE Proportion de passoires thermiques Répartition des passoires thermiques
Propriétaires 57,9% 57,75% 16,82% 57,96%
Locataires (dont occupants à titre gratuit) 42,1% 42,25 16,68% 42,04%
Locataires parc public 16,9% 16,4% 7% 6,87%
Locataire parc privé (dont occupants à titre gratuit) 25,2% 25,85% 22,8% 35,17%

 

Le panel des DPE se révèle plutôt représentatif du parc de logements en France métropolitaine. La proportion d’étiquettes F et G est équivalente pour les propriétaires et les locataires et correspond aux statistiques globales (16,72%). Si les propriétaires sont majoritaires parmi les occupants de passoires énergétiques, cela tient donc au fait que ce statut est majoritaire au sein des occupants de logements. Le parc locatif social fait figure de bon élève avec seulement 7% de logements énergivores. En revanche, 35,17% des passoires thermiques appartiennent au parc locatif privé alors que celui-ci ne représente que le quart du parc de logement total (25,85%).
On note donc une surreprésentation des passoires énergétiques au sein de la location privée et dans une proportion loin d’être négligeable (+36% par rapport à l’échantillon du parc locatif privé).

Répartition des passoires thermiques par revenu
58% des passoires énergétiques sont occupées par des ménages aux revenus intermédiaires ou à hauts revenus et 42% par des foyers modestes et très modestes. Cependant, ces chiffres auraient mérité d’être comparés au poids de ces catégories de revenus dans la population totale, une donnée qui nous parait essentielle pour l’analyse.
Les statistiques fournies par l’ONRE permettent de comprendre la répartition des logements énergivores par quintile* de revenus des occupants et par statut d’occupation.

Locataires du parc privé occupant une passoire énergétique Locataires du parc social occupant une passoire énergétique Propriétaires occupant une passoire énergétique Proportion d’occupants d’une passoire énergétique
1er quintile 27,8% 7,0% 23,3% 19,3%
2e quintile 21,7% 6,9% 20,6% 17,6%
3e quintile 19,7% 6,7% 17,7% 16,5%
4e quintile 19,8% 7,0% 15,4% 15,6%
5e quintile 22,5% 9,4% 13,3% 15,0%

*Un quintile représente 1/5e (20%) de la population selon le critère retenu, ici les revenus des occupants, le 1er quintile représentant les occupants les plus modestes.

Nous constatons donc que plus les revenus des occupants d’un logement augmentent, plus la proportion de passoires énergétiques diminue. Seule exception, les locataires des 4e et 5e quintiles, mais comme leur proportion est faible pour ces niveaux de revenus, les chiffres globaux de ces quintiles restent inférieurs à ceux des revenus plus modestes.

Répartition des passoires thermiques par surface des logements

La superficie moyenne des passoires thermiques françaises se situe entre 60 et 100 m², ce qui laisse penser que l’idée qu’elles sont avant tout l’affaire des petites surfaces est fausse. Il est d’abord utile de rappeler que la surface moyenne des logements se situait en 2013 autour de 91 m². Par ailleurs, raisonner en taille moyenne des logements ne peut donner qu’une vision biaisée du problème et il parait plus pertinent de mesurer la proportion des passoires thermiques en fonction de la surface des logements.
Passoires énergétiques selon la taille du logement

La conclusion est donc sans appel : plus la surface du logement diminue, plus la proportion de passoires énergétiques augmente. Pour les logements de moins de 30 m², elle est même plus de deux fois supérieure à la proportion des DPE sur l’ensemble du parc (16,72%).

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