MÉRULE : TROIS LABORATOIRES S’UNISSENT POUR DRESSER UNE CARTOGRAPHIE INÉDITE DE L’INFESTATION Technique
Fongilab, le cabinet Martinet et la SEMHV ont croisé leurs données d’analyses fongiques pour produire un état des lieux inédit de la mérule en France sur 2024 et 2025. Publiés sur le site du réseau Xylodiag, ces résultats montrent à la fois l’ampleur du phénomène et les limites d’un cadre réglementaire encore largement fondé sur des arrêtés préfectoraux peu représentatifs de la réalité du terrain.
C’est une première à cette échelle. Trois laboratoires spécialisés dans l’analyse fongique (Fongilab, le cabinet Martinet et la SEMHV) ont mutualisé leurs données relatives aux détections de mérule sur 2024 et 2025, avec l’objectif de produire une photographie plus fidèle de l’infestation en France métropolitaine. La cartographie et les premiers traitements statistiques ont été mis en ligne par le réseau Xylodiag.
Une mise en commun inédite
« En France, il n’existe pas de statistiques claires sur la réalité de l’infestation », déplore Victor Sabet, à la tête du laboratoire Fongilab. C’est ce constat qui a conduit les trois laboratoires à prendre cette initiative afin de dresser « la première liste des détections qui provient d’une source indépendante d’un quelconque conflit d’intérêt ».
Pour Sylvia Laurent, dirigeante de la Station d’études mycologiques des Hautes Vosges (SEMVH), « rester dans son coin n’aide pas à faire bouger les lignes. En regroupant nos données, on se rend compte que l’ampleur est beaucoup plus conséquente et que la mérule est bien présente partout ».
Une progression nette et une présence presque généralisée sur le territoire
Les premiers enseignements sont frappants. Les données agrégées font état de 3 312 cas recensés sur les deux années par les trois laboratoires, avec 1 503 cas en 2024 et 1 809 en 2025, soit une progression de 20,4 % en un an. Les cas recensés concernent 1 900 communes et 93 des 95 départements métropolitains, ce qui confirme une diffusion très large du phénomène, seuls les Alpes-de-Haute-Provence et le Gard n’ayant enregistré aucun cas sur la période étudiée.
Les territoires les plus touchés se concentrent dans des zones déjà identifiées de longue date, mais pas uniquement. Le Nord arrive en tête avec 272 cas, devant la Seine-Maritime (207), le Pas-de-Calais (172) et les Vosges (167). Les Hauts-de-France apparaissent comme la région la plus concernée, devant le Grand Est et la Normandie. L’analyse publiée par Xylodiag met aussi en évidence de fortes hausses dans certains départements, comme l’Ille-et-Vilaine, le Pas-de-Calais ou le Haut-Rhin.
Au-delà des chiffres bruts, cette cartographie bouscule surtout certaines idées reçues. Victor Sabet souligne que la mérule ne se limite pas à quelques poches géographiques historiquement surveillées. « Les résultats montrent une corrélation entre le nombre de cas détectés et la densité bâtimentaire, ce qui apporte une autre lecture d’un phénomène ».
Une réglementation en décalage avec la réalité
Les résultats publiés relancent la question de l’adéquation du dispositif actuel issu de la loi Alur. Pour Victor Sabet, ils affaiblissent l’idée d’une cartographie réglementaire opposant territoires à risque et territoires supposés à l’abri. À ses yeux, la logique suivie pour la mérule ne peut pas être calquée sur celle des termites, notamment en raison de la capacité des spores à « voyager » sur des distances très importantes. Ce qui l’amène à s’interroger sur la pertinence d’une obligation de diagnostic généralisée plutôt qu’un système se bornant le plus souvent à une simple information des acquéreurs.
Sylvia Laurent pointe, elle aussi, les failles du système actuel. « Il y a certes une obligation de déclarer, le problème c’est qu’il existe encore un gros déficit de connaissance des procédures ou un manque de suivi derrière », observe-t-elle. Avant même de parler d’obligation généralisée, elle plaide pour « une meilleure sensibilisation et une véritable campagne d’information auprès des particuliers, des collectivités et des professionnels ».
Stéphane Reyssent, responsable du réseau Xylodiag, conclut enfin : « Ces statistiques démontrent tout l’intérêt d’une meilleure prise en compte de la problématique « mérule » au niveau législatif et réglementaire, il faut espérer que la mise en révision des normes en lien avec ce domaine d’activité sera le point de départ d’une amélioration du dispositif existant afin de mieux protéger les acquéreurs ».

Xylodiag – Carte d’infestation des cas de Mérule par département sur la période 2024-2025 (non exhaustif)
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