NOUVEAU DPE : LES DIAGNOSTIQUEURS CONFRONTÉS AU TERRAIN ET À SES DIFFICULTÉS Technique

Publié le par Alain

Sur le terrain, les diagnostiqueurs ont l’impression de payer les pots cassés d’une réforme insuffisamment préparée. Lire les principaux enseignements de notre sondage réalisé entre les 17 et 21 octobre 2021.

 

Des missions plus longues, mais pas revalorisées à leur juste valeur

 

Premier constat, ou plutôt confirmation, le nouveau DPE nécessite plus de temps, dans des proportions non négligeables. Un tiers des sondés déclarent y consacrer 50% de temps supplémentaire par rapport à avant juillet 2021 et 44% entre 25% et 50%. En revanche, ils ne sont à peine plus de 2% à mettre autant de temps qu’auparavant pour effectuer la mission.

 

Mais cet état de fait pourrait devenir problématique, car le temps supplémentaire alloué au DPE n’a pas été accompagné d’une revalorisation des tarifs dans des proportions identiques. Même s’ils sont 55,5% à avoir augmenté le prix de leurs missions DPE, cette hausse ne dépasse 50% que pour 4% des sondés, la plupart (un tiers) ayant limité la revalorisation de leurs tarifs à moins de 25%. Et ils sont plus de 40% à ne pas avoir modifié leurs tarifs. Il est donc à craindre une diminution de la rentabilité des diagnostiqueurs sur le DPE, surtout si les difficultés de collecte de l’information venaient à se poursuivre (voir ci-dessous).

 

Sur la question des tarifs toujours, on constate cependant une différence entre franchisés et non franchisés, les premiers ayant plus souvent procédé à une revalorisation (65% contre 55%). Stéphane Prouzeau, président du réseau Agenda, reconnait d’ailleurs avoir conseillé à ses franchisés, non une augmentation de tarif qui n’est pas de son ressort, mais la facturation du mesurage lorsque celui-ci est absent.

 

Des résultats incertains qui inquiètent les diagnostiqueurs

 

Du côté des résultats, les diagnostiqueurs s’interrogent sur la fiabilité des DPE qu’ils ont réalisés depuis le 1er juillet. Ils sont ainsi 65% à estimer que plus du quart de leurs rapports ne reflète pas la réalité du terrain et moins de 3% seulement à juger tous leurs DPE fiables.

 

Inévitablement, ces incohérences de résultat inquiètent une majorité des diagnostiqueurs (59%) en raison de l’opposabilité du DPE. Outre les erreurs imputables au moteur de calcul et à la méthode ayant fait l’objet de certains correctifs par l’arrêté du 4 octobre 2021, l’une des causes de ce manque de fiabilité réside dans le recours fréquent, voire systématique, aux valeurs par défaut par manque d’information. Près de 15% reconnaissent y avoir fait appel dans tous leurs DPE et près d’un tiers dans la majorité de leurs DPE. Ils ne sont qu’une infime minorité à déclarer ne pas avoir eu besoin d’y recourir. Une conséquence évidente de l’insuffisance des informations mises à leur disposition, 94% des diagnostiqueurs reconnaissant avoir rencontré des difficultés dans la collecte des renseignements nécessaires à l’établissement du DPE.

 

Vers une tension des relations avec les prescripteurs ?

 

Déjà confrontés au mauvais accueil du nouveau DPE par les prescripteurs (64% d’avis défavorables contre 25% d’avis favorables selon les votants), les diagnostiqueurs doivent aussi faire face à des difficultés de communication avec eux, mais pas seulement. En première ligne, ce sont en effet les syndics de copropriété qui sont accusés de blocage. Peu enclins à répondre aux demandes des diagnostiqueurs, certains n’hésitent pas à faire payer la collecte et la transmission des renseignements nécessaires à la réalisation des DPE. Ils empêchent ainsi les diagnostiqueurs d’accéder aux caractéristiques techniques de l’enveloppe et de l’isolation, des systèmes de chauffage et de production d’ECS ou encore de connaitre la surface habitable de l’immeuble. Dans une moindre mesure, les bailleurs sociaux et les gestionnaires de biens, pourtant prescripteurs, ne font pas toujours preuve de coopération, mais certains semblent avoir une meilleure connaissance des caractéristiques de leur patrimoine que les syndics de copropriété. Enfin, la collecte des informations auprès des agences immobilières et des propriétaires particuliers n’est pas non plus aisée en raison des difficultés rencontrées pour obtenir les justificatifs des travaux effectués dans les logements.

 

Dans ce contexte d’une réforme mal perçue ayant conduit à un DPE non fiabilisé dévalorisant la classe énergétique de nombre de logements, les diagnostiqueurs font face à des prescripteurs parfois réticents à leur communiquer toutes les informations utiles les obligeant alors à recourir aux valeurs par défaut pénalisantes pour les étiquettes… Voilà qui ressemble bien à un cercle vicieux et non le cercle vertueux promis lors de la présentation de la réforme. Pour en sortir, les diagnostiqueurs doivent donc redoubler de pédagogie auprès de leurs prescripteurs pour leur faire comprendre l’importance de l’accès aux informations. Une activité chronophage supplémentaire…

 

Mathias Lovaglio

 

Lire également : Nouveau DPE : une réforme mal née et à la finalité parfois contestée

 


 

Sondage réalisé entre les 17 et 21 octobre 2021 sur un échantillon de 533 participants.

11,63% des sondés appartiennent à une franchise et près d’un tiers se déclarent adhérents à une fédération (31,36%).

En termes d’implantation géographique, les régions Auvergne-Rhône-Alpes (16,57%), Île-de-France (14,48%) et Nouvelle-Aquitaine (11,05%) sont les plus représentées. A l’inverse, aucune réponse n’est parvenue des territoires ultra-marins moins concernés par les problématiques du DPE.

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