AUDIT ÉNERGÉTIQUE : LES ÉCHÉANCES INQUIÈTENT LES DIAGNOSTIQUEURS Profession

Sondage audit énergétique
Publié le par Mathias LOVAGLIO

Selon notre dernier sondage, une grande partie des diagnostiqueurs est inquiète de la mise en œuvre de l’audit énergétique obligatoire dans un délai si serré. Si bien qu’ils dénoncent la précipitation des pouvoirs publics et espèrent un nouveau report afin de pouvoir se préparer sereinement à remplir les objectifs d’une mission délicate qui va engager, encore une fois, la crédibilité de la profession.

L’exemple de la réforme du DPE n’incite pas à la confiance

Comme on pouvait s’en douter, la gestion désastreuse de la réforme du DPE constitue un précédent que les diagnostiqueurs souhaitent ne pas voir se reproduire avec l’audit énergétique obligatoire : « Quand on ne sait pas apprendre de ses erreurs, c’est une faute ! Pratiquement un an après son lancement, le DPE 2021 n’est toujours pas au point et on reproduit la même erreur avec l’audit. Le lancement au 1er septembre est totalement irresponsable. ». La fiabilisation du DPE constitue d’ailleurs une priorité pour de nombreux sondés et un préalable indispensable au bon déploiement de l’audit énergétique.

Il ressort de notre sondage que la confiance dans les pouvoirs publics semble définitivement abîmée, sinon rompue. « Le ministère du logement s’est trompé sur le DPE. Quelles garanties a-t-il pris pour éviter que cela se renouvelle avec l’audit énergétique ? Qu’en sera-t-il au-delà du 31 décembre 2023 pour les « nouveaux auditeurs » ? » L’« incompétence » d’une l’administration déconnectée des réalités du terrain est stigmatisée et source d’inquiétude : « Encore une fois le manque de préparation de nos gouvernants va nous mettre en difficulté, c’est tellement récurrent que ça en devient risible. Sérieusement je suis inquiet pour la crédibilité de la profession. ». Un paradoxe, mais comment en vouloir aux diagnostiqueurs, pour une profession dont les missions reposent essentiellement sur du réglementaire.

Le 1er septembre 2022 sur la sellette ?

« Il est très inquiétant d’avoir aussi peu de temps pour se former et s’organiser. Les pouvoirs publics sont irrespectueux de notre profession et des collaborateurs de nos entreprises. Il reste moins de trois mois et demi et rien n’est prêt, dans ses trois mois et demi il y a les mois de vacances. Il faut que les collaborateurs et les chefs d’entreprise puissent prendre des vacances. Il faut décaler et nous laisser du temps. Le DPE imposé dans la précipitation doit servir de leçon ! » Voilà qui résume bien le sentiment partagé par un certain nombre de sondés, « épuisés » d’être « toujours dans l’urgence » et de subir « encore un truc mal préparé à sortir en catastrophe pour tenir un calendrier purement politique, qui nous met en porte-à-faux ! » Car, effectivement, le moteur de calcul et les logiciels ne sont toujours pas prêts : « encore un diagnostic mis sur le marché en dépit du bon sens. Comme pour le DPE V3 : pas de test et ni de formation théorique. Et il faudrait entre 3 et 6 mois après la sortie des logiciels pour que tous les diagnostiqueurs volontaires soient opérationnels ».

Comme nous l’évoquions dans notre précédent article, le report de la date d’entrée en vigueur au 1er janvier 2023 est d’ailleurs souhaité par une majorité de sondés. Une « application trop précipitée, tout comme le DPE 2021 » qui ne laisse que « trop peu de temps pour se former correctement et faire du bon travail dans un premier temps. Attendons les retours d’expériences », conseille un diagnostiqueur. D’autant plus que certains estiment avoir déjà « largement assez de travail avec les autres missions ». C’est pourquoi, même parmi ceux qui déclarent vouloir se positionner sur l’audit énergétique à court ou moyen termes, 35% sont inquiets d’une entrée en vigueur au 1er septembre 2022 (contre 20,5% qui se disent confiants) et 50% souhaitent un report au 1er janvier 2023. Ce délai supplémentaire pourrait ainsi être mis à profit pour « appréhender sérieusement la formation des diagnostiqueurs et la fiabilité du dispositif », et même « revoir l’ensemble des textes » pour certains.

Une phase transitoire de qualification qui interpelle

Outre la date retenue pour l’entrée en vigueur, la phase transitoire de qualification interroge également une partie des sondés. « Nous donner un droit de travailler seulement pour 15 mois sans connaitre les prérequis pour continuer cette activité est à mon sens un « foutage de gueule » ». « La période transitoire est une usine à gaz, afin d’avoir la main mise sur un marché énorme, tout en « squeezant » les organismes de qualification ». Certains relèvent même une incohérence : comment justifier qu’un auditeur ne soit reconnu qualifié que pour une période de 9 mois (attestation à renouveler) et le rendre responsable du contenu du rapport pendant 5 ans ? « En résumé, on paye pour se former pour une validité de 9 mois, pour émettre un document opposable pendant 5 ans et on repaye pour continuer à travailler. »

Quand faut y aller, faut y aller…

Certains sondés font cependant preuve de pragmatisme et n’entendent pas laisser à d’autres les coudées franches sur un marché loin d’être anecdotique : « Comme pour le DPE : on va droit dans le mur, mais on n’a pas le choix. Il va falloir se positionner, si on ne veut pas se faire bouffer par les grosses structures qui sont déjà en ordre de marche ». Le ton est parfois plus résigné, voire désabusé : « Bien sûr, on met la charrue avant les bœufs. S’être planté sur la mise en place du DPE 2021 ne suffit donc pas ? Quid des tarifs de l’audit ? Des coûts des travaux ? Du suivi que l’on aura à faire ? Des assurances ? Il faut y aller, donc j’y vais, mais je pense que les juristes vont s’en donner à cœur joie ! »

Sondage réalisé du 13 au 18 mai 2022 sur un panel de 394 sondés.

 


 

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