LOGICIELS DPE : SUR LE TERRAIN, QUEL IMPACT ONT POUR VOUS LES CHANGEMENTS RÉGLEMENTAIRES SUCCESSIFS ? Profession
Le 10 décembre 2025, l’Ademe a déployé une mise à jour issue de l’arrêté du 16 juin 2025, qui modifie profondément la gestion des étiquettes DPE dans les logiciels. Combinée à la conversion du coefficient électrique entrée en vigueur le 1er janvier, ces évolutions rebattent les cartes sur le terrain, mais dans quelle mesure ? On vous a posé la question.
Damien Chaussard, A2D expertises, Montpellier
« Ne plus avoir l’affichage, franchement, c’est compliqué. On a l’habitude de regarder la note, ce qui permet de se faire tout de suite une idée et d’en parler avec le client. Depuis que ça a été mis en place, je déverrouille la note sur place. Pour moi, ça fait partie du retour parce que ce que j’aime surtout, c’est leur faire un retour verbal sur les résultats : leur dire si c’est grave ou pas, faire un débrief, expliquer une anomalie électrique par exemple. C’est un devoir de conseil. Sans retour, je ne peux pas faire mon boulot correctement. Pour la saisie des données, ça n’a pas changé. J’ai aussi eu les premières demandes de modifications en rapport avec le coefficient de conversion de l’électricité, mais j’ai envoyé les clients sur le site de l’Ademe. À la base, je trouvais déjà que ce coefficient de conversion était discutable, donc qu’ils reviennent en arrière, pourquoi pas. Mais là où ça devient pénible, c’est le rétropédalage sur les passoires énergétiques. Quand les coefficients changent tous les six mois, la lisibilité et la pédagogie, elles prennent un coup. Ça fait deux ans qu’on nous dit que les passoires G vont être interdites à la location. Tu fais un DPE et, en cours de route, on change les règles pour les logements de moins de 40 m², puis après pour les logements électriques… et ça recommence. On perd un temps fou. À la longue, il y a de la lassitude, un ras-le-bol des changements réglementaires permanents. »
Cabinet Anonyme, Chartres
« La saisie demande une grande vigilance. On peut toujours revenir sur la lettre, mais la moindre erreur ou oubli peut être interprété(e) comme une manipulation dans l’historique, sous pression du client. Et derrière, il faut se justifier, sans réel retour. Les mises à jour ont surtout renforcé l’historisation. Depuis décembre, c’est plus contraignant, on a parfois l’impression d’être surveillés. C’est compréhensible, mais encore faut-il pouvoir expliquer. Dans les faits, ça n’a pas changé mes pratiques, j’utilise Analysimmo. J’essaie d’avoir toutes les données avant validation, surtout pour les chaudières. Il faut aller chercher l’information, être plus précis. Quand un logement est à la limite entre deux classes, on doit remesurer et ne rien négliger. Le DPE est devenu très pointu. Sur de grands biens, comme un manoir de 300 m², la quantité de données est énorme. La pression a augmenté, notamment de la part des acquéreurs. C’est plus dur, mais logique. Aujourd’hui, je ne m’autorise qu’un bien par jour à diagnostiquer. En revanche, je n’ai pas d’avis sur le coefficient de conversion électrique, il a dû faire sortir des biens du statut de passoire, mais je n’ai pas eu le cas. Dans la pratique, rien n’a changé. »
Cabinet anonyme, Morlaix
« J’ai commencé il y a un an en solo et je ne livre pas de note DPE en direct donc le masquage des étiquettes ne change pas grand-chose pour moi sur le terrain. En revanche, je pense qu’il y aura forcément beaucoup de demandes de modification auprès de l’Ademe à cause des erreurs possibles, des informations transmises trop tard par les clients… Je préfère corriger plutôt que laisser une erreur, et je ne modifie jamais sans raison. Je n’ai pas peur des sanctions : le système est tellement confus qu’on finit par ne plus rien craindre. Ça impacte le travail, oui et non : le vrai problème, c’est le manque de retour et de transparence, puisque toutes les modifications passent par l’Ademe. Je travaille sur tablette et je saisis un maximum d’informations sur place. Les clients pensent qu’une note se donne en 30 minutes, à l’œil : il faut donc beaucoup expliquer. Je donne la note et j’en assume la responsabilité, souvent si on me demande un avis je suis plus sévère que la note que je suppose, sortira après le calcul. Le problème aujourd’hui, c’est l’instabilité des règles : on sort de formation et tout change. Les clients attendaient de meilleures notes avec la modification du coefficient de conversion de l’électricité, ils sont déçus. On fait preuve d’empathie et on explique, c’est essentiel. Ça prend beaucoup de temps. Le marché est tendu et les gens sont stressés : moi, je fais simplement mon travail le plus correctement possible. »
Cabinet anonyme, Colmar
« Ceux qui veulent tricher le peuvent toujours : le système se contourne facilement, même avec l’IA. Après vingt ans de métier, je constate surtout qu’on a perdu un garde-fou essentiel. Avant, la note permettait de vérifier la cohérence ; aujourd’hui, une simple erreur de surface ou de mur peut faire basculer le résultat sans qu’on s’en rende compte. J’ai désormais plus peur de me tromper. Corriger un DPE devient compliqué, même quand l’erreur est évidente, par crainte d’un refus de l’Ademe. Les clients demandent des explications, mais on ne peut plus vraiment leur répondre. Les règles et algorithmes changent sans lisibilité, notamment pour l’électricité et les petites surfaces : ce sont juste des décisions arbitraires pour faire passer certains biens de F à E sans travaux. Contrairement à 2006, on nous impose des dizaines de cases à cocher, sans réelle amélioration de la fiabilité. Le vrai problème, c’est la formation de toute manière : la dernière fois en formation audit, j’ai constaté que beaucoup ne savent toujours pas reconnaître les modes constructifs alors qu’ils sont censés être certifiés DPE mention et seuls 4 diagnostiqueurs sur 26 ont produit un DPE correct. Résultat, on passe pour des rigolos… »
Pascal Beringer, Diagamter Nancy
« Cette évolution (le masquage des étiquettes) est plus contraignante qu’utile : on demande aux diagnostiqueurs de travailler à l’aveugle sur le terrain pour le DPE et pour l’audit, alors que le système se contourne facilement en générant le rapport avant de l’enregistrer auprès de l’Ademe. Ça n’a pas de sens. Côté relation client, ça ne change rien : je ne donne jamais les résultats sur place. Cette mesure, présentée comme un outil anti-fraude, est contournable et donc peu efficace. Le coefficient électrique, lui, n’est pas explicable : il paraît artificiel. Du jour au lendemain, des logements sortent de la catégorie passoire sans travaux, ce qui décrédibilise encore le DPE, l’État et la profession. J’explique aux clients que c’est une décision gouvernementale pour ajuster l’algorithme entre les différentes énergies, sans lien avec la qualité de notre travail, mais ça fragilise l’outil qui est censé être l’élément central de la rénovation énergétique. »
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