DIAGNOSTIQUEURS : VERS LA FIN DU « CHACUN POUR SOI » ? Profession
En 2019, Pierre-Yves Sachot décrivait une profession minée par la concurrence et le dénigrement, où l’esprit de corps peinait à exister. Sept ans plus tard, son regard s’est nuancé : les tensions subsistent, mais les échanges se sont développés et les fédérations semblent davantage disposées à travailler ensemble. S’il ne croit plus vraiment à la création d’un Ordre, il reste convaincu qu’une représentation unique pourrait aider les diagnostiqueurs à devenir davantage confrères que concurrents.
« Dès qu’on peut en descendre un, c’est la ruée ! » En 2019, Pierre-Yves Sachot n’avait pas mâché ses mots dans nos colonnes sur le manque d’esprit de corps dans la profession. Le dirigeant de House Mesures & Diagnostics décrivait une véritable « guerre » sur le terrain, faite de concurrence effrénée et de dénigrement. « J’étais violent à l’époque », sourit-il aujourd’hui en relisant ses propos.
Une concurrence moins agressive, mais des prix toujours sous pression
« Aujourd’hui, ce côté concurrence agressive est un petit peu moins flagrant, mais existe encore », estime Pierre-Yves Sachot. « Les prix sont toujours tirés vers le bas. Même si j’ai augmenté mes tarifs au fur et à mesure que les contraintes augmentaient, je fais finalement moins de missions. Globalement, je ne suis pas perdant, mais je n’ai rien gagné non plus. »
Si la « guerre » entre diagnostiqueurs lui semble moins visible, il avance aussi une autre explication : « On passe plus de temps à s’énerver contre les OC », plaisante-t-il. Les contraintes croissantes auraient ainsi, selon lui, quelque peu fait « diversion ».
Les réseaux sociaux rapprochent… un peu
Autre changement depuis 2019 : les groupes professionnels sur les réseaux sociaux ont multiplié les occasions d’échanger entre diagnostiqueurs aux profils très différents. Pierre-Yves, lui-même impliqué dans l’animation de certains de ces groupes, n’y voit pas pour autant l’avènement d’une solidarité généralisée. Certains prennent le temps de répondre et de partager leur expérience, quand d’autres viennent essentiellement y chercher de l’information. Et « il y aura toujours des gens qui seront là pour te critiquer et qui ne viendront pas aider leurs collègues ».
Mais ces espaces créent aussi des passerelles. Pierre-Yves Sachot raconte ainsi avoir échangé puis rencontré un diagnostiqueur d’une grande structure, avec une pratique très différente de la sienne, qu’il n’aurait probablement jamais côtoyé autrement.
Les fédérations enfin contraintes de s’entendre ?
En 2019, les professionnels interrogés par Diagactu pointaient également les divisions entre fédérations et syndicats. Difficile de construire un esprit de corps lorsque les organisations représentant la profession ne parlent pas elles-mêmes d’une seule voix.
Pierre-Yves Sachot rappelle que les fédérations représentent des typologies différentes d’entreprises et donc des intérêts parfois divergents. Mais il perçoit depuis quelques mois « une sorte d’espoir », notamment avec les Assises du diagnostic immobilier qui font bouger les lignes. « La prise en main du dossier par le ministre et le député Labaronne ne nous laisse plus le choix, il va falloir trouver un moyen d’échanger entre les fédérations et d’harmoniser les relations avec le ministère et la DHUP. »
De l’Ordre à une représentation unique
C’est finalement sur le remède que Pierre-Yves Sachot a le plus changé d’opinion. En 2019, il plaidait sans détour pour un Ordre des diagnostiqueurs immobiliers : « Nous avons tous les attributs d’une profession libérale, nous devrions en avoir le statut », expliquait-il alors.
Aujourd’hui, il considère cette perspective comme trop complexe et probablement trop tardive au regard de l’évolution future du métier. « L’Ordre, c’était un doux rêve. Mais je reste convaincu qu’il faut trouver une structure représentative unique qui ait plus de pouvoir que les fédérations actuelles et qui parle d’une seule voix. » L’adhésion obligatoire à une telle structure contribuerait selon Pierre-Yves Sachot à fabriquer cet esprit de corps qui manque encore à la profession. « Le fait d’être obligatoirement adhérent d’une fédération ou d’un quasi-ordre obligerait aussi à une certaine fraternité. »
Car sept ans après, son constat tient finalement en quelques mots : « Pour l’instant, on reste encore des concurrents, mais trop peu des confrères. » Reste à savoir par où commencera réellement le mouvement : par la base, avec une confraternité suffisamment forte pour faire émerger une représentation commune, ou par le sommet, avec une structure unique capable de faire naître cette confraternité sur le terrain. Sans doute les deux devront-ils avancer de concert pour espérer tourner la page du « chacun pour soi ».
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