ENCORE BEAUCOUP D’INCOMPRÉHENSION AUTOUR DE L’AUDIT ÉNERGÉTIQUE Profession

Sondage Audit énergétique
Publié le par Mathias LOVAGLIO

Suite et fin de la restitution de notre sondage sur l’audit énergétique. Après les principaux chiffres et la présentation de vos inquiétudes quant aux échéances à venir, nous nous intéressons maintenant aux nombreuses interrogations dont vous nous avez fait part dans vos commentaires. Des interrogations qui résonnent tout particulièrement avec la tempête médiatique qui s’abat sur le nouveau DPE à la suite de la parution de l’article de 60 Millions de consommateurs.

Une perception très incertaine des apports de l’audit énergétique

Un certain nombre de diagnostiqueurs ne comprend pas l’intérêt de cette nouvelle prestation qui, selon eux, fait doublon avec le DPE : « L’audit énergétique n’apporte rien de plus qu’un bon DPE lorsqu’il est fait correctement ». « Mesure inutile : la mise en œuvre effective des recommandations du DPE, par bouquets de travaux, suffirait à faire remonter les passoires thermiques. ». Reste que l’objectif premier de l’audit n’est plus d’évaluer la performance énergétique, ni de proposer des recommandations de travaux, mais bien d’en affiner le budget en tenant compte des spécificités et caractéristiques de chaque habitation afin d’en faire un levier de négociation sur le prix de vente le plus juste possible. Cependant, même parmi ceux qui admettent l’intérêt de l’audit par rapport au DPE, beaucoup pointent les moyens insuffisants mis à leur disposition pour aboutir à une prestation fiable. À ce titre, l’absence de moyens d’investigation complémentaire interroge certains : « je n’ai pas lu, sauf erreur, que l’auditeur pourra réaliser des investigations approfondies concernant la constitution de l’enveloppe du bâtiment. Alors quelle sera la pertinence des préconisations, sachant que l’auditeur pourra être mis en défaut pendant 5 ans ? ». Quant aux chiffrages des travaux, leur précision n’apparait pas évidente à tous les diagnostiqueurs : « je pense qu’il n’est pas du tout nécessaire de faire des audits énergétiques car les prix des matériaux et de la main d’œuvre dépendent des régions et des entreprises. » D’autres aimeraient que des limites soient enfin apportées à l’obligation : « Lorsque vous avez une maison à réhabiliter (pas d’isolation mais aussi pas de sanitaires, etc.), doit-on faire un audit énergétique ? Faire dépenser 700 € pour dire qu’il faut tout refaire alors que c’est évident ! Encore un dispositif fait par des gens loin de la réalité du terrain ! »

L’un d’entre vous conclut même que « cet audit décrédibilise totalement le DPE », tandis qu’un autre estime qu’il serait préférable de « le rendre obligatoire pour la vente en remplacement du DPE. Les propriétaires ne vont rien y comprendre. Ils vont penser que cela va faire doublon et cela va être encore le diagnostiqueur qui va se retrouver en première ligne. Sans parler du fait qu’il faudra payer une seconde fois. »

Une méthode qui fait craindre le pire

Pour certains d’entre vous, cette perception floue des différences entre audit énergétique et DPE pose logiquement la question de la crédibilité des diagnostiqueurs. Un commentaire résume bien leur état d’esprit : « Certains parlent de plusieurs centaines d’euros pour produire un dossier qui sera presque intégralement le même que le DPE original. Les clients, déjà mécontents de l’étiquette énergétique F ou G, vont devoir payer une deuxième fois pour une prestation quasi-identique. Ce n’est pas tenable commercialement et c’est déontologiquement très discutable puisque le diagnostiqueur sera juge et partie car il est l’auteur du DPE qui oblige à la réalisation de l’audit. Lancer l’audit dans cet état au 1er septembre décrédibilisera tout le dispositif et les professionnels qui y participent. Je suis très pessimiste. Bien qu’ayant déjà suivi la formation, je ne pense pas que je me lancerai dès le 1er septembre, j’attendrai de voir comment ça se passe. » Pour d’autres, différencier le diagnostiqueur DPE et l’auditeur serait tout aussi problématique : le manque d’homogénéité dans la pratique mise en lumière par l’enquête récente de 60 Millions de consommateurs pourrait conduire à une remise en cause des résultats du DPE par l’auditeur : « se baser sur le DPE d’un confrère et le corriger si nécessaire entrainera des conflits entre diagnostiqueurs ». Il faudrait aussi créer « des synergies entre sociétés » qui paraissent bien hypothétiques à certains en raison du contexte concurrentiel.

Verra-t-on également se multiplier les DPE de complaisance ? Vous êtes plusieurs à vous poser en tout cas la question des tensions que l’audit énergétique pourrait provoquer avec vos clients : « Nous éditons un DPE avec une note F+. Notre client va nous mettre une pression pour passer son DPE en E afin de ne pas faire un audit (500 à 1 000€) ».

Conscients que votre responsabilité et votre crédibilité sont en jeu, vous attendez beaucoup des organismes de formation : « J’espère que les formations en présentiel seront à la hauteur, que les formateurs seront compétents et ne se contenteront pas de lire l’arrêté et que les formations incluront bien en détail tout ce qui est en plus du DPE et non pas de vagues notions ». D’autres sont bien plus pessimistes et catégoriques : « nous ne serons pas assez formés et donc notre responsabilité sera trop exposée. » 28% des sondés qui envisagent de se positionner sur l’audit énergétique déclarent ainsi craindre pour leur responsabilité.

Dernier point d’inquiétude : la rentabilité d’une telle mission. Entre le surcoût attendu des primes d’assurance, le prix de la formation et des démarches de renouvellement de l’attestation pour un régime de qualification qui demeure, somme toute, transitoire et la tentation de certains de tirer les tarifs vers le bas, tous nos sondés ne sont pas confiants quant au retour sur investissement de l’audit énergétique. D’autant plus qu’il semblerait que tous les assureurs ne suivent pas les diagnostiqueurs sur ce terrain : « Ma RC pro actuelle ne m’assure pas pour cette activité, je suis à la recherche d’une assurance pour l’audit énergétique ».

Pour toutes ces raisons, quelques sondés considèrent qu’il serait préférable de laisser cette mission aux thermiciens.

Un objectif loin d’être unanimement partagé

Comment justifier un audit qui, contrairement à l’audit RGE, ne permet pas au futur acquéreur de bénéficier des aides ? La question taraude nos sondés qui y voient surtout une incohérence supplémentaire, d’autant plus que la convergence des audits est bien attendue pour 2024 : « L’acquéreur obtient un document qui ne correspond pas aux exigences de MaPrimeRénov’. ». « Le client doit pouvoir bénéficier des aides proposées par l’État pour améliorer son habitation, les deux audits doivent avoir une cohérence et ne pas être une surcharge financière en se cumulant. L’audit doit être réalisé en vue de faire des travaux. »

Certains sondés vont encore plus loin et remettent en cause la politique de rénovation énergétique qui est le cœur du problème. « Des millions de logements ne pourront plus être loués alors qu’on manque de logements en France. Les propriétaires ne pourront pas tous faire leurs travaux de rénovation énergétique, et seront obligés de vendre. Vendre à qui ? Aux riches bien sûr ! ». « Je pense que le travail d’un auditeur énergétique n’est pas pris au sérieux par nos gouvernants qui n’ont pour seule ambition que de trouver du monde pour faire croire que la France respecte les accords sur la transition énergétique. Les diagnostiqueurs sont les petites mains de nos gouvernants ! »

Mais d’autres diagnostiqueurs se montrent plus positifs et confiants quant à la capacité de la profession à se montrer à la hauteur : « Je ne comprends pas l’inquiétude générale, c’est un pas en avant sur la rénovation, il faut le prendre positivement pour les professionnels et pour les acheteurs. Selon moi c’était l’essence même du DPE, un logement énergivore ne devrait pas se vendre au prix du marché et ça depuis 15 ans maintenant. Les difficultés sont pour les propriétaires en aucun cas pour les diagnostiqueurs. Même si tout n’est pas parfait, c’est une chance pour notre filière d’avoir du travail, ne nous tirons pas dans les pattes, le risque est de décrédibiliser cette prestation avant qu’elle ne démarre. » En ce sens, 32% des sondés qui ont déjà pris la décision de se positionner sur l’audit énergétique considèrent qu’il constitue une opportunité pour la profession. Un atout donc pour des diagnostiqueurs capables d’apporter une « véritable valeur ajoutée à une obligation légale ».

Pour finir sur une note positive, nous nous joignons à ce sondé qui pratique l’audit énergétique depuis plusieurs années et en résume l’essence : « La principale compétence est la pédagogie dans la prescription selon les scénarios de travaux. Bon courage ! »

À l’heure où le professionnalisme des diagnostiqueurs est encore remis en cause, beaucoup de commentaires traduisent un encadrement de l’audit énergétique obligatoire qui manque de clarté, voire de pertinence. Une situation qui laisse penser que les pouvoirs publics et les fédérations vont devoir renforcer leurs actions en matière de pédagogie afin de mieux expliquer les tenants et les aboutissants de cette nouvelle mission. Nul doute que le webinaire que nous organisons, en partenariat avec UPn’PRO le 8 juin, apportera des réponses à certaines de vos interrogations légitimes à ce stade de la mise en place de l’audit énergétique obligatoire.

Sondage réalisé du 13 au 18 mai 2022 sur un panel de 394 sondés.

 


 

WEBINAIRE | PRATIQUE DE L’AUDIT ENERGETIQUE OBLIGATOIRE

En partenariat avec UPn’PRO, Diagactu propose mercredi 8 juin de 9h30 à 11h un webinaire consacré à la pratique du futur audit énergétique obligatoire. En quoi consiste précisément cette mission, quelle différence avec le DPE, comment l’organiser sur le terrain, quelles compétences acquérir ?  Ce webinaire vous donnera toutes les clés avant de vous lancer sur ce marché.

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