PLATEFORMES DE MISE EN RELATION DES MAJORS DE L’IMMOBILIER : LES ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES RÉAGISSENT Profession

CDI FNAIM FED Experts FIDI LDI SIDIANE
Publié le par Mathias LOVAGLIO

Suite à la publication du témoignage d’un diagnostiqueur confronté aux méthodes des plateformes de commandes de diagnostics de grands groupes de gestion immobilière, nous avons sollicité les différentes organisations professionnelles afin qu’elles se positionnent sur ce sujet qui impacte l’ensemble de la filière.

 

Thierry Marchand, président de la CDI FNAIM

Ce type de plateformes existe depuis des années. Leur modèle économique répond à un besoin. On pourrait aussi citer Allodiagnostic qui me parait aussi dangereuse avec une tarification violente. Dans l’absolu, je ne suis pas forcément contre, mais le seul intérêt que je leur vois, c’est d’apporter un complément d’activité. Des marketplaces sont envisageables pour des entreprises qui voudraient occuper leurs salariés durant les périodes creuses. Mais, dès que possible, il faut les orienter sur des missions mieux valorisées. Il ne faut surtout pas que cela devienne un modèle économique et, au contraire, diversifier ses clients et prescripteurs. Cet article démontre qu’il ne faut pas être trop dépendant économiquement d’un même prestataire et être polyvalent dans ses missions. Rester sur une seule niche marché est catastrophique en cas d’accident industriel.

Ces plateformes sont soumises à une réglementation européenne et ne sont pas attaquables car il n’y a aucun lien juridique avec les groupes qui les ont créées. Et tous ceux qui ont voulu dénoncer des pratiques de commissionnement se sont cassé les dents.

Le diagnostiqueur a le libre choix de ne pas intervenir pour les plateformes de mise en relation qui négocient les prix vers le bas. La meilleure solution aujourd’hui reste de se battre pour que certains diagnostiqueurs arrêtent de casser les prix. C’est de la concurrence déloyale. Beaucoup de gens se plaignent du coût de la certification de personnes, mais ce n’est pas un souci. Il faut le reporter dans son prix de vente. Et il faut dire non. Je ne suis pas contre ces plateformes, mais contre les tarifs qu’elles pratiquent. Il faut rendre notre profession plus pragmatique. Aujourd’hui, nous manquons de diagnostiqueurs. Pourquoi brader ses prix ? Ce sont aux diagnostiqueurs d’imposer leurs tarifs en appliquant la loi de l’offre et de la demande. Il y a trop de besoins de diagnostics sur le marché pour tomber dans ce piège, même si la lutte contre ces grands groupes parait inégale. Si on tend vers une hégémonie qui tire sur les prix, on arrive à un système tendu et il suffit du moindre incident pour que tout s’écroule. J’ai averti les membres de la FNAIM en leur disant qu’à force de tirer les prix vers le bas, ils ne trouveront plus personne pour faire des diagnostics.

Il est aussi important de rappeler la loi auprès des clients : seul le propriétaire est tenu responsable du choix du diagnostiqueur. S’il y a un problème, le propriétaire n’aura plus que ses yeux pour pleurer car il sera réputé avoir choisi son diagnostiqueur. Avec ces plateformes, vous ne savez pas qui va intervenir, c’est totalement aléatoire.

Enfin, les fédérations sont pointées du doigt, mais il faudrait aussi que les diagnostiqueurs y adhèrent afin de peser plus et de mieux représenter la filière. Nous les invitons à venir autour de la table et à travailler avec nous pour voir au quotidien ce qu’est une fédération.

 

FED Experts, fédération créée fin 2021 par Hassad Mouheb et David Koja

Contrairement à ce qu’affirme le diagnostiqueur de l’article, ces pratiques, comme d’autres, sont bel et bien dans le viseur de la Fédération FED Experts ! C’est même une des thématiques majeures car elle s’inscrit dans la lutte de ce qu’on appelle « l’ubérisation du métier ». Si l’on souhaite fermement mettre un terme à ces pratiques, il faudrait imputer la charge financière du diagnostic immobilier, non plus aux vendeurs ou bailleurs, mais aux acquéreurs et aux locataires. Bien qu’il semble difficile d’imposer cette charge à un locataire, il serait plus facile d’imputer cela aux acquéreurs. En effet, ces derniers préfèreront privilégier la qualité du diagnostiqueur et voudront le meilleur diagnostic possible avant de s’engager. Le prix de la prestation ne sera plus le critère numéro un. Reste que le DPE devra être réalisé avant la mise en annonce, ce qui incombe tout de même de réaliser ce diagnostic par le propriétaire.

Le démarchage téléphonique et la mise en relation entre une agence et un diagnostiqueur devraient tout simplement être interdits tout comme la rémunération des agences immobilières sur les diagnostics car cela encourage les missions de complaisance et détériore le marché qui voit sa politique de tarification tirée vers le bas au détriment de la qualité.

Ces conflits d’intérêt faussent une partie des diagnostics et cela va devenir d’autant plus important car très prochainement les classes F et G devront faire l’objet de travaux puis les classes E et ainsi de suite… Compte tenu des enjeux financiers, il est nécessaire que les pouvoirs publics se penchent sur la question pour fiabiliser ces diagnostics qui seront prochainement soumis à des obligations de travaux. Même si ce n’est que l’arbre qui cache la forêt et qu’il reste d’autres pratiques à bannir, trouver écho auprès des pouvoirs publics dans ce combat serait une première victoire dans la lutte contre l’ubérisation de la filière et un grand pas sur le chemin vertueux dans la quête du retour à la noblesse de notre filière.

Quant aux plateformes de commandes de diagnostics immobiliers imposées par certains acteurs de la filière, elles sont un véritable piège, car très souvent l’agenda de RDV est imposé et il n’y a aucune liberté de tarifs. De plus, les diagnostics immobiliers sont payés via la société de Plateforme ou bien directement par les agences immobilières ce qui tire les prix vers le bas et ne garantit aucune impartialité. C’est pourquoi, effectivement, une des solutions serait peut-être la prise en charge du diagnostic par l’acquéreur ou uniquement par les propriétaires vendeurs. Le professionnel de l’immobilier ne doit pas inclure dans son mandat de vente les diagnostics immobiliers car en plus des tarifs tirés vers le bas, ces pratiques augmentent les risques d’impayés pour le diagnostiqueur.

 

Frédéric Mirabel-Chambaud, président de l’association Les Diagnostiqueurs Indépendants

C’est évident que ce sont des choses que la profession subie depuis de nombreuses années. Nous n’avons pas de solutions miracles mais il nous apparait évident que ces pratiques sont liées à l’organisation même de notre métier. Si l’on explique aux diagnostiqueurs les bonnes pratiques sur le terrain, ils se rendront compte qu’ils ne peuvent plus être légers et donc se positionner sur du low-cost. Cela a toujours été le message porté par LDI et c’est pourquoi nous attaquons le nouvel arrêté compétences : il faut remplacer les certifications à répétition et renforcer la formation sur le terrain pour promouvoir les bonnes pratiques et faire comprendre qu’il n’est pas possible de bien faire son travail à ce tarif. C’est par cette montée en compétences que nous arrêterons d’avoir des pratiques comme celles-ci.

 

SIDIANE

Ces plateformes créées par certains grands acteurs de l’immobilier, sous couvert de vouloir améliorer le service à leurs clients, ubérisent le diagnostic immobilier, ce qui est préjudiciable pour le diagnostiqueur qui travaille pour elles. Ce qui peut aussi s’avérer un danger pour les clients finaux qui se retrouvent avec des diagnostics faits à la chaîne et pas toujours avec le temps et l’implication requis pour le degré d’expertise exigé à la production de rapports de qualité, pertinents et fiables. Les seuls qui sécurisent une transaction ou une location. Comment en effet imaginer que le travail du diagnostiqueur sera en tout point parfait alors que la pression sur les prix exigés pour apparaître sur ces plateformes l’oblige à faire de plus en plus de diagnostics chaque jour et donc à y consacrer de moins en moins de temps ? Comment imaginer que la pression sur ces diagnostiqueurs garantit leur indépendance et la qualité des dossiers rendus ?

L’ubérisation du métier par ces plateformes est une entrave à la liberté d’entreprendre des diagnostiqueurs immobiliers, notamment des indépendants qui se retrouvent pris au piège et ont ensuite du mal à se départir des liens qui les unissent à ces plateformes qui ne sont plus prescriptrices mais presque des « employeurs » uniques. Ces liens s’apparentent davantage à des menottes qu’à une relation saine. Cette entrave à la liberté d’entreprendre recouvre différentes dimensions :

  • ce n’est pas le diagnostiqueur qui vend le diagnostic
  • il ne fixe pas ses prix et ne choisit pas ses clients et donneurs d’ordre
  • s’il souhaite mieux équilibrer son portefeuille de donneurs d’ordre, alors immédiatement les plateformes le sanctionnent en ne le référençant plus et en ne lui procurant plus de missions
  • ses marges sont rognées, dévorées même, si bien qu’il ne peut ni investir, ni embaucher, et ne peut donc pas développer son entreprise
  • les conditions de travail qu’impose une ubérisation du métier via ces plateformes oblige le diagnostiqueur à adopter des cadences infernales aux dépens de la qualité de ses expertises, ce qui le met en danger juridiquement.

Car, en revanche, le diagnostiqueur retrouve toute « sa liberté » d’entreprendre et son indépendance en cas de problème. Sa responsabilité est engagée en cas de litige et ceux qui sont derrière ces plateformes ne viennent pas l’aider dans ces moments-là, ni souscrire à sa place, ou avec lui, des assurances professionnelles de plus en plus onéreuses !

Sidiane est pour les plateformes qui ont été créées par les diagnostiqueurs, pour les diagnostiqueurs et mobilisant des diagnostiqueurs sélectionnés par eux-mêmes. En revanche, nous dénonçons toutes les plateformes qui abusent des diagnostiqueurs indépendants et des clients finaux.

Il est essentiel sur les plans éthique, juridique et économique que chacun fasse son métier correctement et honnêtement : les diagnostiqueurs immobiliers, les agents immobiliers, les notaires. Car c’est la clé d’un marché immobilier sécurisé et sécurisant pour les clients finaux.

 

Pour le moment, la FIDI n’a pas souhaité réagir à cet article.

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3 commentaires

  • Patrick MAURA a écrit

    Merci aux fédérations pour avoir répondu.
    Cependant la réponse n’est pas complète, nous sommes des chefs d’entreprise et pour certains, nous avons des salariés. Il est très difficile de trouver de nouveaux prescripteurs, car le maillage du marché est maintenant bien pourvu et en règle générale les prescripteurs sont assez fidèle quand ça se passe bien. Alors quand un major rachète nos prescripteurs et nous impose ses prix parce qu’il y a un contrat cadre national avec une franchise, le diagnostiqueur n’est plus maître de ses choix.
    Il y a aussi les agences qui ont du mal à rentrer des biens et qui offrent les diagnostics contre un mandat en exclusivité. Le diagnostiqueur est alors obligé de faire une remise conséquente s’il ne veut pas perdre son prescripteur. c’est une façon de commissionner les apporteurs d’affaire.
    Je pense que le commissionnement des prescripteurs devrait être autorisé et encadré par exemple 5% maxi du montant de la facture de diagnostic pourrait être reversé en toute transparence à l’apporteur d’affaire quel qu’il soit, comme cela se fait dans beaucoup de professions. (parrainage)
    ça devrait permettre d’éviter les dérives et de tirer les prix vers le bas. Chaque société de diagnostic pourrait définir sa grille tarifaire librement tout en laissant le marcher concurrentiel.
    L’impartiabilité du diagnostiqueur ne peut être mise en cause si c’est le diagnostiqueur qui verse une somme à une agence, par contre quand l’agence finance les diagnostics, elle a un moyen de pression sur le diagnostiqueur.
    Les majors n’auraient pas intérêt à prendre le diagnostiqueur le moins cher et pourraient facturer une prise en charge de diagnostic au vendeurs qui lui a confié la mission afin de préservé ses marges mais pas à notre détriment.

  • Frederic RAMBOZ a écrit

    Bonsoir,
    Quelques remarques au fur et à mesure de la lecture.
    *(Thierry Marchand -Beaucoup de gens se plaignent du coût de la certification de personnes, mais ce n’est pas un souci.)
    Voilà toute la différence entre 1 odi et 1 fédé : Pour vous, ce n’est pas un souci, pour l’odi bien au contraire.
    a) Certifs à répétitions = droit au travail… où pas ! complètement hallucinant
    b) Certifs par segmentations = 1 abbération de plus. La certif par le fait de lobbyistes à justement évincée bon nombres d’odi de la mention (certainement pas les plus mauvais), du fait de son surcoût et de sa charge administrative supplémentaire pour un solo !
    *(Th. Marchand/ Ce sont aux diagnostiqueurs d’imposer leurs tarifs en appliquant la loi de l’offre et de la demande.)
    Ben oui bien sur, pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ! allons, venez faire un tour dans la vrai vie au quotidien pour voir !
    *(il faudrait aussi que les diagnostiqueurs y adhèrent afin de peser plus) – Merci pour la piqûre de rappel !
    *(Nous les invitons à venir autour de la table et à travailler avec nous pour voir au quotidien ce qu’est une fédération.)
    Venez voir également notre travail au quotidien, pour voir ce qu’est la vie d’un odi !
    *FedExpert : Je suis d’accord pour imposer le coût du diagnostic à l’acheteur, cela ferait sûrement bouger les choses, par contre même questionnement pour ce qui est des locataires.
    *FedExpert : D’accord également pour la non mise en relation d’une agence avec un odi (on est loin de l’impartialité) et du commissionnement (sujet déjà évoqué est normalement interdit !…), ainsi que les diags offerts par les marchands de « soupes » -publicités abusives et trompeuses (quand pense la CDI FNAIM ?
    *LDI : Au sujet de cette hypocrisie que représente la certif, tout à fait d’accord

    Conclusion personnelle : Les agences sont des machines à pognons, les odi sont des emmerdeurs réglementaires qui les empêchent de faire « correctement » leur boulot, et en plus serviables et corvéables à volonté, le premier poste consisterait à les éjecter du circuit décisionnaire des diagnostics.
    Les plateformes sont des machines à frics, ne sont là que pour faire aussi du pognon sur le dos de la princesse, même combat que pour les agences.
    *Hypothèse de travail :
    1) Imposer un temps minimum d’intervention en fonction du nombre de diags et éventuellement de la surface du bien (particulier), visite préalable obligatoire avant remise d’offre (public), à défaut offre non retenue.
    2) Imposer un seuil minimum de fourchettes tarifaires.
    3) Dans le cas ou une agence ou un donneur d’ordre professionnel proposerait un diagnostiqueur, obligation de proposer plusieurs diagnostiqueurs
    4) l’agence doit se cantonner à fournir un renseignement (impartial) à son client, le choix du diagnostiqueur doit revenir au seul vendeur, l’agence ne devrait pas avoir le droit de mandater un odi.
    5) le respect absolu du délai de rétractation devrait être appliqué, il faut arrêter de travailler en « bouche trou » par incompétence des intervenants dans la chaine immobilière, qui en grande majorité, nous prennent pour des larbins….et le pire, ça fonctionne ! (dans le genre, on signe demain, vous pouvez mettre à jour svp !!! et gratuit hein, bien entendu !)
    Je stoppe ici, demain, il faut que j’aille effectuer une mission complète (et oui en ce qui me concerne, 4 à 5 heures sur site ne me paraissent pas complètement débiles pour essayer de faire un boulot pas trop dégueu), mais mes clients sont reconnaissant.
    Un grand merci à tous les casseurs de prix en passant, ça m’évite d’aller me prostituer pour des missions casses-gueules pour trois sous, un malaise cardiaque et un divorce à la clé !

    • Mathias LOVAGLIO a écrit

      Merci pour votre commentaire Frédéric. Je me permets de préciser que Thierry Marchand exerce en tant qu’ODI indépendant en plus de ses fonctions à la CDI-FNAIM.

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